Mamadou Sakho : une carrière bafouée par une injustice

Mamamadou Sakho lors la rencontre entre le Thai Premier League All Stars contre Liverpool FC au Rajamangala Stadium, le 14 juillet 2015 à Bangkok. Andrew Powell/FLICKR

Suspendu pour des soupçons de dopage en 2016, Mamadou Sakho a reçu mercredi 4 novembre les excuses de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Un verdict final qui ne remplacera pas la potentielle carrière qu’il aurait pu avoir et qui lui a volé bien plus qu’un préjudice moral.

Le verdict est tombé. Quatre ans après, le joueur français de Crystal Palace, Mamadou Sakho a été innocenté dans l’affaire de dopage dans laquelle il était impliqué depuis 2016. Pour rappel, le défenseur avait été suspendu trente jours cette année-là par l’AMA après avoir été testé positif à l’higenamine, une substance brûleuse de graisse, à la suite d’un match d’Europa League contre Manchester United. 

Une histoire en Bleu bouleversée

Pour bien mesurer le préjudice, il faut se souvenir de ce que représentait Mamadou Sakho pour l’équipe de France à cette époque précise. Titulaire important en défense centrale, il est d’abord celui qui a qualifié les Bleus en s’offrant un doublé improbable un soir de novembre et de barrages à la Coupe du monde 2014. Avec un état d’esprit indiscutable, il formait alors une solide charnière centrale aux côtés de Raphaël Varane. Considéré par Didier Deschamps comme l’un de ses hommes forts, sans la suspension de l’AMA, il aurait à coup sûr disputé l’Euro en qualité de titulaire, aux côtés de Koscielny, Varane étant blessé.

Si en 2016, il a démarré le dernier match des Bleus avant la liste en mars face à la Russie (4-2), ce n’est que deux ans plus tard qu’il retrouvera la sélection. Sakho (29 sélections à 30 ans aujourd’hui) sera associé à la tournée d’adieu des champions du monde face à l’Uruguay en novembre 2018. Une façon de le remercier sans doute une dernière fois. D’apaiser un peu le préjudice. Mais l’AMA peut s’excuser, rien ne remplacera l’histoire volée à Sakho avec ces Bleus qui le chérissaient tant. Ce qui est certain, c’est qu’elle l’a dépossédée d’un moment charnière de l’histoire de l’EDF et que cette suspension a brisé sa carrière internationale. Son départ à Crystal Palace n’a pas vraiment arrangé son cas.

Une situation en club délicate

Le 28 avril 2016, quand il entre officiellement dans une suspension provisoire de trente jours, Sakho est sans doute près de l’apogée de sa carrière. Il entre dans cette période de confluence entre la maturité, l’expérience, ses capacités physiques et techniques. En club il sort d’un derby de la Mersey à Anfield gagné 4-0 comme titulaire et buteur. Son club est en demi-finales de Ligue Europa après un match d’anthologie contre le Borussia Dortmund en quarts de finale, où il s’illustre comme un réel cadre de l’équipe. Un statut de taulier à 26 ans qui vole subitement en éclats.

Avec Liverpool, le joueur français a peu à peu été mis à l’écart. Il a disputé seulement quelques matchs de Premier League 2 (le championnat des U23). En manque de temps de jeu après cette affaire et renvoyé d’un stage de pré-saison par Jürgen Klopp – pour des problèmes de comportement fin juillet 2016 – il avait filé en février 2017 à Crystal Palace. Tout sauf une écurie de dimension européenne. Ce sentiment d’injustice avec lequel il a cohabité pendant quatre ans a forcément pénalisé ses performances. Quatre années qui devaient être la meilleure période de sa vie de sportif.

Et maintenant ?

«Battez-vous toujours jusqu’au bout pour défendre vos convictions !» Dans un court texte publié sur son profil Twitter, Mamadou Sakho a savouré sa victoire mercredi 4 novembre. C’est donc la fin d’un feuilleton qui se sera pérennisé sur de trop longues années. Le défenseur français blanchi par l’UEFA mais privé de la fin de saison avec les Reds de Liverpool et de l’Euro avec les Bleus, réclamait 14,5 millions d’euros de dommages et intérêts à l’AMA qui aurait accepté de lui verser une somme «importante» et de régler ses frais de justice. À l’occasion d’une audience publique à Londres, l’AMA a «retiré» par la voix de son avocat «les allégations diffamatoires» de 2016 et reconnu que Sakho n’avait «pas violé les règles antidopage de l’UEFA, […] l’AMA regrette le tort causé par ces allégations diffamatoires sur la réputation de M. Sakho ainsi que la détresse, la souffrance et l’embarras qu’il a pu ressentir.»

Son ancien entraineur Jürgen Klopp, en conférence de presse d’avant-match, a avoué qu’il s’était dit «enfin» lorsqu’il avait vu la nouvelle sur cette affaire. Il a même soutenu son ancien protégé : «Nous savions depuis déjà longtemps que « Mama » n’avait rien fait de mal. Lorsque vous êtes marqué du sceau du dopage alors que vous n’avez rien fait, c’est énorme à porter. Je suis vraiment heureux qu’il soit maintenant libéré de tout ça.» Si ce verdict final ne remplacera pas la potentielle carrière qu’il aurait pu avoir, espérons pour lui que cela lui permette d’avancer sur et en dehors des terrains.

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