Breakdance aux JO de Paris : satisfaction et méfiance chez les B-Boys et B-Girls

Le CIO (Comité International Olympique) l’a annoncé le lundi 7 décembre dernier. Aux Jeux Olympiques de Paris en 2024, le breakdance sera bien de la partie. Cette discipline se mêle à un renouveau et une modernisation des Jeux Olympiques, après l’arrivée de l’escalade, du surf et du skateboard déjà programmés pour les JO de Tokyo qui devaient avoir lieu l’été dernier (reportés à l’été 2021 à cause du Covid-19). Si le monde du breakdance se réjouit de cette nouvelle, il reste également sur ses gardes.

En effet, aux JO de Tokyo prévus l’été prochain, le surf, l’escalade et le skateboard seront au programme pour la première fois. À ces trois disciplines, qui seront reconduites à Paris en 2024, s’ajoutera le breakdance. Le directeur des sports de Paris 2024, Jean-Philippe Gatien estime qu’il « va y avoir un vent de fraîcheur derrière ces nouveaux sports ». Cette introduction du breakdance fait suite aux Jeux de la jeunesse de Buenos Aires en 2018, où la compétition de breakdance avait déchainé la foule.

Un art de rue sur le toit du monde

C’est une nouvelle qui a chamboulé toute une communauté à travers le monde. Une communauté qui revendique une culture et un art de rue bien avant une discipline sportive à part entière. Le breakin est une danse issue du quartier du Bronx, à New York. Un art populaire, développé dans les seventies (années 1970).

Le terme de Breakdance est inventé par les médias américains à partir des années 80, auparavant, on parlait de breakin ou de B-boying. Le breakdance tire ses origines des communautés Afro-américaines et Portoricaines du Bronx. Ces populations souffrant de la pauvreté et du chômage dans les années 70, se retrouvent dans la journée puis la soirée, dans une ambiance festive, où l’on retrouve en masse la musique Portoricaine et Afro-américaine. Le Bronx est alors le berceau de nombreux styles musicaux comme la Salsa, le Funk, le Mambo et le Disco notamment. C’est dans cette environnement social et culturel que se développe le breakin, entre 1970 et 1980. L’origine du mot « break », attribuée aux danseurs de breakdance à la fin des années 70, fait référence aux chorégraphies réalisées sur les morceaux de Funk, Soul et Disco, lors d’un solo de batterie, appelé « break » par les musiciens de Funk et bien d’autres…

L’arrivée du breakdance aux JO de Paris en 2024 est un pas de plus dans la popularisation de cet art de rue. Les Jeux, regardés à travers le monde par des dizaines de millions de personnes, vont permettre un apport considérable en visibilité. Les épreuves olympiques vont rapporter de nouveaux passionnés et de nouveaux licenciés, mais aussi des sponsors pour aider financièrement à développer encore plus le breakdance. Inscrit dans une volonté de modernisation des JO, le breakdance cible principalement le jeune public. De nombreux B-boys estiment également que l’attribution d’un titre olympique est une reconnaissance ultime pour le monde du breakdance. Globalement favorables à la venue du breakin aux JO, ils opposent néanmoins quelques réserves quant aux conditions et à l’organisation de la compétition.

Des craintes face aux incertitudes

Le breakdance est indéniablement un art, une culture, bien avant d’être une discipline sportive olympique. Il est donc indispensable pour les breakers que leur danse conserve l’intégralité de ses valeurs et de ses caractéristiques sociales, artistiques et culturelles. La chorégraphe Nguyen, rapporte à France Culture : « Pour moi, il est important que cela reste une danse et qu’on ne valorise pas avant tout les figures, la performance. Car au-delà d’une danse, c’est un art, une manière de s‘exprimer et de communiquer avec les autres ». Le breakdance se caractérise davantage par un côté festif qu’académique. Or, c’est totalement l’inverse pour les Jeux Olympiques, dont le but est de privilégier le côté académique et récompenser les performances. Le succès de l’arrivée du breakin aux JO sera de trouver le parfait équilibre entre festivité et académie, comme lors des compétitions actuelles de breakdance.

« Battle of the Year, Red Bull BC One sont des formats olympiques pour moi. Après ils ne sont juste pas officialisés mais c’est la même chose »

Yashiro, B-boy depuis 1998, pour Mouv’

Une autre crainte est celle des critères d’évaluation des performances olympiques. Là encore, on redoute une grille trop académique, ne respectant pas les critères de l’art. Codifier une danse de rue semble être une mission impossible, et pour cause, cette discipline a pour critères essentiels l’originalité et la créativité, deux critères qui s’apprennent de manière informelle. Pour Anne Nguyen, « S’il y a trop de choses contraignantes, ce ne serait pas bénéfique pour la discipline, cela la formaterait, l’académiserait. Et le break, c’est avant tout quelque chose hors académisme ». Pierrick Vially, qui organise des compétitions de breakin dans le cadre du festival Hip Opsession, estime que « le jour où il y a des figures imposées, c’est la mort de la danse ».

Il y a enfin la peur d’une récupération. Pour que le mariage entre breakdance et JO fonctionne, le break’ doit être représenté par sa propre communauté. Globalement, c’est l’aspect artistique, culturel, et surtout social que les JO doivent préserver. Sans ces trois éléments, le breakdance n’est plus qu’une simple discipline, sans âme.

Chacun s’accorde à dire que le mariage entre le breakdance et les Jeux Olympiques de Paris, semble réalisable, en faisant en sorte que tout le monde y trouve son compte. Si du côté du CIO (Comité International Olympique) l’affaire semble réglée sur le plan de la programmation, la communauté du breakin reste sur ses gardes, attendant de voir si sa danse sera intégrée comme un art de rue, comme il l’espère, ou comme une simple discipline. Dans tous les cas, les JO ne seront qu’un apport pour le breakdance. « On n’a pas besoin. Eux ont besoin. Mais allons-y, on y trouvera quelque chose » explique Karima, pionnière du Hip-Hop et B-girl depuis 1998. On trouve dans cette phrase les deux états d’esprit principaux qui ressortent chez les breakers, de la méfiance, mais de l’envie.

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