Décès de Noëlla Rouget, la résistante déportée qui a fait gracier son bourreau

La résistante Noëlla Rouget est morte à presque 101 ans, dimanche dernier. Une femme exceptionnelle qui n’a cessé de témoigner et avait obtenu la grâce du général De Gaulle pour l’homme qui l’avait envoyée en camp de concentration.  

Déportée en 1944 en Allemagne au camp de Ravensbrück surnommé «l’enfer des femmes», Noëlla Rouget est morte dimanche 22 novembre, à Genève, à l’âge de 100 ans, a annoncé lundi l’Élysée.

Une vie de cauchemars

Alors qu’elle a à peine 20 ans, la France entre en guerre contre l’Allemagne d’Hitler. Dès 1941, cette institutrice rejoint la Résistance qui s’organise à Angers, en tant qu’agent de liaison. En 1943, elle est arrêtée, de même que son fiancé Adrien. Lui est fusillé, elle est envoyée à Ravensbrück. Ce dernier lui laissera une lettre avant d’être exécuté, «sois heureuse, très heureuse, fais le pour moi». Noëlla en tirera sa force.

À son retour des camps la jeune femme pèse 32kg, elle est squelettique et se rend dans un sanatorium suisse afin d’être soignée de la tuberculose. «La terrible machine à broyer les êtres ne put anéantir la jeune femme» atteste le communiqué de l’Élysée.

Une reconstruction difficile 

Après cet évènement tragique, Noëlla Rouget tente de se reconstruire et ne parla pas de sa déportation. Une vie hantée par les cauchemars, comme le racontent ses biographes et amis Brigitte et Eric Monnier: «Ses enfants savent qu’il s’est passé quelque chose. Mais elle n’en parle pas». Mais, au début des années 1960, le procès de Jacques Vasseur, l’ancien chef de la Gestapo à Angers, vient raviver de terribles souvenirs. C’est l’homme à qui elle doit son arrestation et celle de son fiancé, Adrien Tigeot. Il avait disparu à la fin de la guerre et était condamné à mort par contumace. Découvert et arrêté en 1962 à Lille où il s’était caché pendant dix-sept ans, il est rejugé en 1965, à Paris, devant la Cour de sûreté de l’État.

Noëlla Rouget écrit le 2 novembre 1965 une lettre au président du Tribunal, dans laquelle elle déclare : «Dans quelques jours, commencera la phase finale du procès : le réquisitoire et la condamnation. Cette condamnation risque d’être, je le crains, la peine capitale. Devant une telle éventualité je me sens tenue, en conscience, de vous exprimer ma pensée. Les horreurs vécues sous le régime concentrationnaire m’ont sensibilisée à jamais à tout ce qui peut porter atteinte à l’intégrité tant physique que morale de l’homme et j’ai rejoint les rangs de ceux (…) qui font campagne pour l’abolition de la peine de mort». 

La grâce de son bourreau

L’homme, à l’issue du procès, est condamné à la peine de mort. Une sentence que Noëlla Rouget se refuse d’accepter : «Seul Dieu a le droit de reprendre une vie, j’ai vu trop de monstruosité dans ma vie pour en ajouter une autre», avait-elle déclaré. Elle va alors demander sa grâce par une lettre au général De Gaulle, puis sa libération. Après avoir obtenu cette dernière, elle écrit ensuite régulièrement à Vasseur en prison, sans jamais obtenir de son bourreau le moindre signe de repentance. «Elle espérait que cet homme pourrait changer. Mais elle a été profondément déçue», explique Eric Monnier.

Peu de temps avant sa mort Noëlla, lors d’une rencontre avec des élèves de l’École internationale de Genève, aura ces mots: «Quand je vous parle des souffrances que nous avons vécues à Ravensbrück, je parle pour prêcher la vigilance auprès des jeunes générations car si Auschwitz a été possible, Auschwitz est possible tant que règne dans le monde la haine de l’autre, le racisme et la haine».

Noëlla Rouget aura passé sa vie à témoigner et croire en l’humanité. Elle s’en va, à quelques semaines de Noël, jour qui l’avait vu naître, en 1919.

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