Éducation : entre enseignement à distance et présentiel, comment s’adaptent les lycées ?

Depuis le 5 novembre, le protocole sanitaire a été renforcé dans les établissements scolaires avec la possibilité pour les lycées d’aménager des cours à distance, tout en conservant à minima 50 % de cours en présentiel pour chaque élève. Monsieur D’Angelo, proviseur du lycée Henri Poincaré situé en plein cœur de Nancy, accueillant 2 100 élèves de la Seconde à la deuxième année de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) et 300 membres du personnel, a décidé de mettre en place un format hybride dans son établissement pour limiter le nombre d’élèves présents chaque jour.

« Quel est le plan de continuité pédagogique qui a été mis en place au Lycée Poincaré depuis la rentrée ?

Le protocole sanitaire mis en place au sein de l’établissement s’est fait en deux temps. Au début de l’année scolaire, le protocole mis en place a été celui que l’on peut retrouver dans les dépliants disponibles au lycée où l’on rappelle les gestes barrières qui doivent être absolument respectés, comme le fait de porter un masque en permanence, de se désinfecter les mains régulièrement, mais aussi des choses propres aux établissements scolaires avec par exemple le rituel qui consiste à systématiquement se désinfecter les mains en entrant dans une salle de classe, l’aérer au moins 10 minutes toutes les deux heures et avec des règles spécifiques sur le port du masque à l’internat.

Courant octobre, la situation s’est dégradée avec un deuxième temps où on a demandé aux établissements scolaires de renforcer leur protocole sanitaire et pour certains de prendre des mesures qui permettent de soulager l’effectif présent quotidiennement dans l’établissement. Pour un lycée comme Poincaré, cela a consisté à revoir complètement le fonctionnement de la restauration scolaire. On a diminué la capacité d’accueil par deux, et des salles de classes ont été transformées en salles de restauration. On a également suspendu les cours d’EPS en Seconde et en CPGE, là où ils ne sont pas indispensables à l’évaluation des élèves.

Est-ce qu’il y a eu des adaptations spécifiques, notamment pour les enseignements de spécialité en Première et Terminale, ainsi que pour les devoirs sur tables ou les khôlles pour les étudiants de CPGE ?  

On a pris beaucoup de temps à consulter les enseignants pour voir quelle était la meilleure solution, la priorité étant de réduire le nombre d’élèves fréquentant le lycée chaque jour. Il y a plusieurs particularités qui ont été mises en place. Par exemple, nous avons dans l’établissement une filière S2TMD (Sciences et technologie de la musique et de la danse) et la formation qui leur est dispensée l’est en partenariat avec le conservatoire de Nancy. Or, le conservatoire continue ses activités, il était donc impossible de mettre du distanciel pour les 20 élèves de cette filière.

L’autre formation post-bac, c’est les MANCAV (cinéma audiovisuel). Mettre du distanciel pour une classe qui prépare une école de cinéma à raison de 25 semaines dans l’année aurait été rude, on les a donc dispensés de l’enseignement en distanciel.  Il y a également les enseignements de spécialité pour les terminales, on leur a dit de participer au distanciel, mais pour les heures ou ils sont censés effectuer leurs heures de spécialité, ils pourront venir au lycée pour les suivre de façon à ne pas prendre de retard. On a également pour les étudiants de CPGE, sur tout ce qui est devoirs sur tables, khôlles, laissé le libre-choix aux professeurs. 

Concernant l’internat, des mesures plus strictes ont-elles été mises en place ? 

Nous sommes allés au bout de ce que l’on pouvait faire pour l’internat. On a revu le protocole pour la restauration scolaire. La moitié des étudiants ont des chambres individuelles, ce qui ne pose pas de soucis. On leur demande de porter le masque dans les couloirs et de respecter la distanciation physique dans des lieux comme les sanitaires, où le masque ne peut être porté. On a jusqu’à présent eu aucune contamination ni à l’internat, ni au réfectoire, ni en cours d’EPS et c’est de cela dont nous sommes relativement fiers. Le port du masque semble être une mesure particulièrement efficace, même dans des lieux où la densité est forte. 

Comment se passe l’identification des cas dans l’établissement ?

Chaque semaine on fait un rapport : un tableau de suivi des cas confirmés de COVID-19 que l’on diffuse à tous les professeurs et aux fédérations de parents d’élèves. Sur ce tableau, on lit précisément sur les 3 catégories (lycéens, étudiants et membres du personnel) combien on a eu de cas positifs déclarés. Et puis, on donne une deuxième information : parmi ces personnes positives au COVID, combien étaient cas contacts à risques et si parmi ces contacts à risques certains deviennent positifs, on les fait figurer dans le tableau. Ce tableau de bord nous permet de savoir comment à l’interne évolue le nombre de cas positifs et voir s’il y avait la possibilité d’identifier des contaminations à l’intérieur de l’établissement.

Les indicateurs au sein de l’établissement sont bons grâce à la façon donc les personnes comprennent et respectent les mesures sanitaires.

Lors de l’annonce faite le 28 octobre par le chef de l’État, il a été demandé que les cours dans l’enseignement supérieur se fassent à distance et que les lycées restent ouverts. Pourquoi les étudiants de classes préparatoires ou de BTS dans des lycées ont bénéficié du statut de lycéen et ont poursuivi leurs cours en présentiel ?

Il est vrai, les étudiants de CPGE comme ceux de BTS en lycée ont un statut particulier et relèvent de l’enseignement supérieur et donc le contenu, le programme, les concours des formations relèvent de la responsabilité du ministère de l’enseignement supérieur. En revanche, comme ces formations sont implantées dans des EPLE (établissements scolaires), leur vie quotidienne, leur organisation sur place, dépend par conséquence du ministère de l’éducation nationale. C’est parce qu’ils sont dans un établissement scolaire qu’ils bénéficient des mesures prises pour les lycéens mais si les formations étaient implantées physiquement dans un autre lieu, les règles seraient celles qui prévalent à l’université. 

Est-ce qu’il y a eu une concertation avec les autres lycées de l’académie et le rectorat concernant le plan de continuité pédagogique instauré dans les lycées ?

La méthode était la suivante : les rectorats attendaient que chaque établissement, après avoir consulté les équipes pédagogiques, leur propose un plan de continuité pédagogique qu’ils pouvaient, ou non, valider puisqu’il ne s’agit pas de mettre en place des choses totalement hors des clous. Il n’y avait pas d’obligations de se concerter entre établissements scolaires car chaque établissement a ses propres problématiques.

A Poincaré, nous sommes 2 400 sur 2 hectares au sol. Cette configuration ne se retrouve pas dans tous les établissements aux alentours et notamment dans ceux hors du centre-ville. Les mesures prises ne sont donc pas les mêmes. Pour autant, il y a quand même eu une consultation entre les chefs d’établissements, par visioconférence, pour échanger nos idées. Mais chaque établissement a ses propres problématiques. 

Suite à la découverte de deux cas dans l’établissement au mois de juin, celui-ci a fermé. Aujourd’hui, ce n’est plus le même cas. Qu’est ce qui a changé par rapport à la rentrée post-confinement du mois de juin ? 

Ce que met en évidence cette épidémie de COVID-19 c’est que l’on apprend par l’expérience. Au moment où le lycée a dû fermer après sa réouverture en juin, le risque était infime. Aujourd’hui, jamais un établissement ne fermerait pour la même raison mais nous manquions de recul et donc il y avait une part de doute trop importante pour prendre le moindre risque. Il y avait un niveau d’anxiété important suite au confinement. L’organisation était militaire, 250 élèves étaient présents dans le lycée, les élèves ne changeaient pas de salle, prenaient le même itinéraire.

Malheureusement, deux membres du personnel ont été testés positifs à la rentrée et les autorités sanitaires ont décidé de mettre en place une campagne de dépistage pour toutes les personnes ayant fréquenté le lycée durant la semaine de réouverture, soit plus de 600 personnes. On en a conclu qu’on ne pouvait pas garder le lycée ouvert tout en disant aux gens de se faire tester. On a pris la décision de fermer. De plus, le 22 juin débutaient les concours pour les étudiants de deuxième année, on ne pouvait pas prendre de risques. 

Initialement, le retour de tous les lycéens en présentiel devait se faire le 20 janvier mais compte tenu de l’évolution de la situation sanitaire, l’alternance des cours en présentiel et en distanciel est maintenue jusqu’aux congés de février, au moins. »

Propos recueillis par Thomas Gallois.

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