Confinement, distanciel… : le chaos étudiant

Le premier confinement : des chiffres alarmants

« Pendant le premier confinement, près d’un étudiant sur 3 a présenté des signes de détresse psychologique » (Olivier Véran, ministre de la Santé)

Le premier confinement a marqué un bouleversement majeur pour les étudiants : nouvelle organisation, enseignement en distanciel, etc… Sur le papier, l’enseignement en distanciel permet d’allier sécurité sanitaire et suivi pédagogique. Mais en réalité, les effets ne sont pas ceux escomptés : stress, peur, angoisse voire envies suicidaires, le premier confinement semble avoir été une véritable épreuve à franchir pour les étudiants.

Le 19 novembre, Olivier Véran, ministre de la Santé, dresse un premier constat de l’impact du premier confinement, sur les étudiants : « Pendant le premier confinement, près d’un étudiant sur 3 a présenté des signes de détresse psychologique ».

Ce constat semble inquiétant, au vu également de la crise sanitaire qui se prolonge inexorablement, ne ménageant pas les étudiants.

« Les jeunes, qu’ils soient à la recherche d’un emploi, actifs, étudiants, sont frappés
de plein fouet »
(rapport de la FAGE / IPSOS)

Mais le rapport de la FAGE / IPSOS dresse un constat bien plus alarmant : près de la moitié des étudiants déclarent avoir été impactés.

Cet impact se fait sentir notamment sur le plan psychologique parmi ces étudiants : 69 % sont dans un besoin d’aide psychologique et 23 % éprouvent des pensées suicidaires.
Dans cette détresse psychologique, on retrouve différents symptômes comme la nervosité (34,1 %), la tristesse (28,2%) ou encore, un moral au plus bas (16,2 %) ( rapport de l’OVE ).

En première ligne face à ces étudiants de plus en plus éprouvés : les psychologues, qui apportent une aide essentielle. Mediavenir a pu interroger le docteur Dominique Monchablon, psychiatre et membre de la FSEF (Fondation Santé des Etudiants de France), fondation qui offre des consultations gratuites afin d’aider psychologiquement des étudiants en difficulté.

Elle dresse un premier constat global : « Pour le premier confinement, il y a eu un stress généralisé chez les étudiants […] Il y avait une forte composante anxieuse avec un état de sidération, mais aussi de préoccupation. Pas mal d’étudiants ont perdu des parents ou des grands parents ». Mais à travers ce premier confinement, les étudiants ont été aussi soutenus notamment par leur famille : « Il y avait une très forte solidarité familiale et sociale, cela été d’un effet protecteur pour les étudiants ».

Qu’est-il à présent du second confinement ?

Le second confinement : le coup de blues

« Une véritable bombe à retardement sociale et humaine » (Udice)

La situation semble se dégrader davantage. Dans plusieurs universités, de plus en plus d’étudiants expriment leur détresse, que cela soit à la Sorbonne, à l’Université de Nantes, à l’Université de Lille ou encore à l’Université de Poitiers.

Cette détresse s’est récemment amplifiée avec l’apparition du #étudiantsfantomes sur Twitter utilisé par les étudiants pour dénoncer leurs conditions de travail et de leurs difficultés. En lien avec ce hashtag, plusieurs lettres ouvertes d’étudiants exprimant leur exaspération, comme à l’Université de Cergy et de Nantes.

L’UDICE, le réseau qui regroupe dix grandes universités françaises de recherche, a déclaré à nos confrères de France Info : « Il faut cesser de stigmatiser nos étudiants et nos établissements […] Qui se rend compte que cette situation est une véritable bombe à retardement sociale et humaine ? », preuve de l’inquiétude croissante des Universités vis-à-vis de la situation.

Pour le Dr.Monchablon, l’été a été « une grosse bouffée d’oxygène » mais dès septembre, cette bouffée s’essouffle, laissant place à la menace d’un confinement et à « une forte anxiété ». Elle déclare : « Depuis le début du confinement, il y a une forte demande d’aide psychologique. La situation psychologique des étudiants s’est aggravée, les troubles dépressifs, les idées suicidaires, les troubles anxieux ont été multipliés par 2 ». Mais le nombre de suicides serait « en baisse ».

Également, pour le docteur, ce confinement est bien différent du premier. La solidarité familiale et sociale s’effrite, notamment dû au fait que les étudiants ont été les seuls à rester chez eux. Le climat global est dépressogène plutôt qu’un climat anxieux avec notamment des « pertes de motivations, des troubles du sommeil, des troubles de la concentration notamment dû à des cours en distanciel qui sont très fatigants ».

Qu’en est-il à présent pour les étudiants ?

Mediavenir a pu récolter des témoignages d’étudiants qui ont pu nous ont fait part de l’impact de ce second confinement sur leur apprentissage. Tout comme le premier confinement, les mêmes problèmes ressortent : stress, incertitude, dépressions, et les mêmes facteurs : isolement, distanciel.

« J’ai eu à de multiples reprises des idées suicidaires » (étudiant)

Une étudiante, en double licence d’histoire et géographie en Île-de-France, témoigne de la difficulté du distanciel : « C’était le stress et le bordel total dans ma tête » mais elle « a su résister à cet isolement étudiant ». Pour d’autres, en revanche, c’est bien plus compliqué.

Pour le système d’étude hybride, la difficulté est de mise dû à l’alternance entre distanciel et présentiel comme le témoigne un étudiant en première année de BTS ESF : « Ce programme a clairement un impact sur ma santé mentale […] J’ai de plus en plus de mal à retenir les cours, à réviser, à suivre, travailler, et surtout à tenir éveillé toute la journée. Je résiste pour ne pas craquer ».

Même constat pour le distanciel. Pour Paola, étudiante en première année en sciences de l’éducation, le distanciel a été un calvaire : « On se retrouve vite surchargé et c’est à partir de ce moment-là que j’ai décroché. Toute cette pression que j’avais par les cours que j’avais pourtant abandonnés mais qui inconsciemment tournent en boucle dans la tête, a fait que je pleurais énormément ».

Raphaëlle, étudiante en DUT Carrière Sociale, nous faisait également part de ses difficultés : « J’étais tellement stressée que parfois je ne mangeais plus, je me réveillais en pleine nuit en ayant une boule au ventre, je pleurais quasiment tous les jours, j’ai eu à de multiples reprises des idées suicidaires ».

En cause, la difficulté des études en distanciel qui « sont vraiment compliquées » et un manque de compréhension de la part des professeurs : « Les profs ne prenaient pas réellement compte de la difficulté ». Ce manque de compréhension ressort également dans le témoignage d’un étudiant Rennais, en réorientation et sortant en BTS : « Je n’avais aucun soutien [des professeurs], je suis assez énervé ».
De même pour Marine, étudiante en deuxième année LEA à Nancy : « Les profs, le corps enseignant et le gouvernement ne nous ont jamais vraiment écouté et considéré notre situation ».

Au-delà des études, le manque d’interaction et l’enfermement fait également office d’un véritable coup de massue.

« La situation reste compliquée aussi socialement, ne pas rencontrer de nouvelles personnes est réellement une difficulté » (étudiant)

La vie étudiante, période propice aux relations sociales, aux sorties ou encore aux soirées étudiantes… ou pas. De nombreux étudiants ont souffert de cet enfermement.

Dans les témoignages que nous avons reçus, beaucoup s’exaspèrent d’un manque d’interaction qui est une complication de plus sur le plan psychologique : « Le manque d’interaction (physique) avec des personnes de mon âge a été très compliqué » ou encore « Nous avions presque aucune vie sociale ».

Ce vide dans cette vie étudiante, le docteur Monchablon en déplore son sacrifice actuel, notamment pour les premières années : « [Les premières années] ont eu un amarrage universitaire bref, ce qu’ils ont raté, et ce qui est très important, c’est le processus d’intégration universitaire […] la vie universitaire est variée, excitante, impliquant les rencontres amicales ».

Ce second confinement a été ainsi épuisant pour un bon nombre d’étudiants, que cela soit sur le plan scolaire ou sur le plan personnel.

Un futur incertain

Le sort des universités demeure aujourd’hui toujours incertain. Une circulaire du 19 décembre 2020, destinée aux présidents des universités, prévoit une reprise « à partir du 4 janvier » mais seulement avec des groupes de 10 élèves au maximum, qui seront les étudiants les plus en difficulté. Pour les autres, la circulaire est bien moins précise.

La reprise des TD « pourrait intervenir au plus tôt au cours de la semaine du 20 janvier […] dans la limite de 50 % de la capacité d’accueil des salles d’enseignement ». La reprise des cours, elle, est en priorité pour les premières années (toutes filières confondues), mais aucune date de reprise annoncée. Elle sera décidée « selon l’évolution de la situation sanitaire » et les modalités de la reprise seront annoncées « début janvier ».

Pour les autres niveaux (2ème, 3ème année, etc …), aucune date de reprise en présentiel n’est envisagée pour le moment.

Le Dr. Monchablon reste néanmoins optimiste, s’appuyant sur le fait que les étudiants « ont une vitalité, une créativité, une souplesse adaptative ». Elle ajoute : « Le fait de pouvoir modéliser, comprendre la crise, est protecteur contre les effets de la dépression et de l’angoisse […] les étudiants sont mieux carrossés que les autres pour faire face à la crise sanitaire ».

Les étudiants espèrent ainsi une éclaircie dans le brouillard d’une éventuelle reprise en présentiel, synonyme de retour à une vie (presque) normale.

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