PORTRAIT. Xavier Bertrand, figure d’une droite morcelée

En pleine crise sanitaire et d’insécurité, le président, Emmanuel Macron, est vivement attaqué par la droite sur son manque d’action et de fermeté. Prochaines échéances : les régionales et les départementales, avant la présidentielle de 2022.

Dans ce brouhaha de candidatures officialisées, évoquées ou souhaitées, se dégage, à droite, pour l’instant, un candidat, Xavier Bertrand. Il est vrai qu’après le retrait de François Baroin, que tout le monde voyait comme le champion des Républicains, le paysage des grands ténors des Républicains s’est obscurci. Évidemment, il y a l’intarissable volonté de revoir Nicolas Sarkozy ou évidemment Édouard Philippe, mais l’homme de 55 ans semble être, pour l’instant, la seule candidature captant l’attention.

Une carrière politique prolifique, mais vivement critiquée

Xavier Bertrand, c’est 20 ans de carrière en politique nationale et régionale. Dès 16 ans, il se met sous l’étiquette du RPR créé par Jacques Chirac et sa carrière ne commencera qu’à l’âge 30 ans en devenant adjoint au maire de Saint-Quentin. Puis se dessine une carrière parlementaire et un premier poste dans le gouvernement Raffarin (Secrétaire d’État chargé de l’Assurance maladie). S’en suit des postes de Ministre qu’il occupera sous Dominique de Villepin et François Fillon. Son retour à Saint-Quentin applaudi s’effectue en tant que maire en 2010, puis en tant que président de la communauté d’agglomération.

Depuis 2016, il préside le Conseil régional des Hauts-de-France, un mandat où durant cette crise, il a pu mettre en place la gratuité des masques dans les établissements ou des chèques-cadeaux pour les salariés n’ayant pas pu bénéficier de la fameuse prime de 1 000 euros. Par ailleurs, il appelle au retour des lignes régionales de la SNCF. Depuis ce mandat, sa popularité s’est confirmée dans sa région et loin sont maintenant ces fameuses boulettes de 2016. En effet, en remportant les dernières régionales, il briguait un 4e poste en plus de député, maire et président de l’agglomération de Saint-Quentin. C’est en quittant les deux premiers postes qu’il décida de compenser ses pertes de revenus en augmentant ses indemnités par l’agglomération.

Il s’attire les foudres de la région de la communauté nationale en baissant de 5 % les indemnités des élus régionaux tout en augmentant les siennes de 4 000 euros. Le 11 décembre, Xavier Bertrand annonce son départ de LR suite à l’élection à la présidence de Laurent Wauquiez en assurant ne pas être du tout sur la même ligne et en lui reprochant d’être trop à droite.

« Le front républicain contre l’extrême droite paraît si loin ! Je ne reconnais plus ma famille politique alors j’ai décidé de la quitter. »

Xavier Bertrand sur le plateau du journal de 20H de France 2 le 11 décembre 2017.

Une candidature qui rouvre les tensions internes des Républicains

Pourtant, Bertrand ne semble pas se lancer dans la bataille des primaires. Ces primaires seront les régionales, une valeur de test pour se présenter ou non aux présidentielles. Échéances territoriales devenant donc de véritables enjeux nationaux. Face à lui, une grande partie des ténors de la droite et parmi eux, beaucoup craignent un Macron bis.

Le dernier en date : le sarkozyste et ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux :

« Si c’est lui, nous nous rassemblerons autour de lui, mais en revanche, il ne faut pas laisser entendre qu’il n’y a que lui. »

Brice Hortefeux sur les antennes d’Europe 1 le 11 octobre dernier, à propos de la probable candidature de Xavier Bertrand.

Il garde en tête son départ cinglant de leur famille politique alors en grande difficulté après la débâcle présidentielle et législative. Il encourage davantage d’ailleurs Valérie Pécresse et son mouvement Soyons libres ! ou Bruno Retailleau. Un sarkozyste qui n’oublie pas Laurent Wauquiez en attendant son possible comeback. Xavier Bertrand a aussi des soutiens comme le président actuel des Républicains, Christian Jacob, qui sera à ses côtés tout comme Damien Abad, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale. Ils le voient comme la contre-proposition de Macron et Le Pen, une vision de droite modérée non ancrée dans le sarkozysme et la vision accusée d’extrême-droite de Wauquiez.

« Il n’est pas si éloigné que ça » des Républicains

Christian Jacob jugeant que sa victoire aux régionales comme aux présidentielles se fera avec LR et non seul avec son micro-mouvement La Manufacture.

Un “anti-Macron” centré sur la sécurité interne et maintenant sur l’écologie

Une droite donc plus modérée que semble défendre le possible candidat Xavier Bertrand. Ce dernier s’oriente clairement autour de sujets comme le social notamment en ce temps de crise, l’écologie sans qu’elle ne soit punitive et l’instauration d’un climat sécuritaire. Xavier Bertrand semble redorer l’image de la droite et se “centriser” même s’il ne convainc pas tous les chiraquistes et les sarkozystes.

Même étant de droite et plus clair politiquement que Macron, il se montre comme l’anti-Macron. Un non-énarque attaché aux territoires et à la proximité de part ces mandats. Peut-être manque-t-il une vision écologique propre à la droite. Cependant, il souhaite la mise en place de référendums locaux pour tout nouveau projet de parc éolien. et le déploiement l’emploi vert qu’il juge nécessaire pour l’écologie non-punitive, l’économie, la relance de l’emploi surtout en cette période.

Dans le sillage de la droite traditionnelle, Xavier Bertrand pointe aussi la nécessité première d’un retour “de l’autorité, du respect de l’autorité et de la soumission aux lois”. Dans le détail, il veut proposer une série de lois autour de places supplémentaires dans les prisons en les construisant sans voir la fatalité du temps de construction, abroger la loi Belloubet sur l’aménagement des peines avec un retour des peines planchers et un accompagnement de réinsertion renforcé.

Dans les sondages et avec le duo Le Pen-Macron, il se place à 16 % des voix, devant François Baroin et ses 14 %, Valérie Pécresse (11%), ainsi que Bruno Retailleau et Rachida Dati (8%). Peu à peu, cet ancien maire et conseiller municipal, maintenant conseiller régional, se définit comme le candidat de la droite et du centre. Après Christian Jacob, il renoud avec Jean-François Copé, son ancien rival durant le début des années 2010, pourtant dirigé bien plus vers l’impossible Édouard Philippe. Il a vu Éric Woerth et parle avec Rachida Dati. Face à lui, Bruno Retailleau et Valérie Pécresse. Évidemment, trois noms de la droite restent à convaincre : François Baroin, l’indéboulonnable et discret Gérard Larcher et l’ancien Président, Nicolas Sarkozy, ultime avis.

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