Marine Le Pen, toujours à l’assaut pour 2022

Il y a déjà 10 mois, Marine Le Pen annonçait à nouveau être candidate à la fonction suprême. Mais quelles sont à l’heure actuelle les chances de cette troisième candidature ?

La dynamique de Marine Le Pen, un électorat grandissant

En 2017, Marine Le Pen rassemble 33,90 % soit 10 638 000 votants au second tour de la présidentielle. 10 millions de votants de moins que qu’Emmanuel Macron. Mais le parti qu’elle dirige arrive premier aux élections européennes. La liste qu’elle soutient en 2019 obtient 23 %, devant la liste de LREM qui obtient 22,42 %. Une différence de 200 000 voix environ entre les deux listes. Malgré cet écart, les deux listes obtiennent le même nombre de sièges au Parlement Européen, c’est-à-dire 23 sièges.

Si une dynamique RN a été observée au parlement européen, la situation est moins optimiste pour le parti nationaliste à l’échelon local. Aux municipales, alors que les verts remportent Bordeaux, Lyon, Strasbourg, que les socialistes confirment leur domination à Lille et Paris, et que les républicains s’imposent à Toulouse, Nice ou encore à Reims, le rassemblement national lui, se dote d’une seule ville de taille importante : Perpignan. Si ces élections municipales sont un grand pas pour le RN qui obtient sa première ville de plus de 100 000 habitants, avec la candidature de Louis Aliot, le parti perd deux communes d’envergure : Mantes-la-Ville et Le Luc. 

L’électeur RN n’a pas beaucoup changé de l’électeur FN

On pourrait aisément qualifier le vote RN encore à l’heure actuelle comme un vote de classe et de territoire. En 2017, au premier tour, l’électeur type de Marine le Pen est un homme ou une femme, employé, ouvrier ou au chômage, âgé d’une quarantaine d’années. Marine Le Pen capte une partie de la classe dite moyenne ou populaire, 32% chez les employés et 37% chez les ouvriers. Une classe votant de moins en moins à gauche et dont le Parti communiste français (PCF) n’a plus d’assise aujourd’hui. La ruralité reste une des caractéristiques du vote RN, et c’est en cela que l’élection de Louis Aliot à Perpignan peut être considérée comme remarquable pour un parti qui a toujours fait des scores en milieu urbain très faibles. Pendant la dernière élection présidentielle les votes pour Marine le Pen se font rares dans les grandes villes. A Paris, elle obtient seulement 4,13 %, à Bordeaux 7,37 % et à Lyon 8,86 %.

Alors 5 ans après, Marine le Pen peut-elle gagner les élections présidentielles de 2022 ?

«Le Front National, dans 5 ans, sera redoutable si nous n’avons pas bien présidé, bien gouverné»

Emmanuel Macron dans l’Envoyé Spécial du 04/05/2017

Depuis l’arrivée “surprise” de son père Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002, le FN puis le RN n’a cessé de devenir un parti structurant le jeu politique. La France, pays multipartisan, s’est ainsi doté d’un nouveau bipartisme, n’étant plus composé d’une gauche PS et d’une droite UMP (LR), mais bien de deux nouveaux blocs très notables au second tour : le “front républicain” contre le RN (que ce dernier appelait l’UMPS) et qui d’une manière a fini par se construire avec LREM autour d’Emmanuel Macron en 2017.

À la question « 20 ans après, est-ce enfin le moment pour Marine Le Pen ? » Et bien, il est vrai que les partis dits “extrêmes” ont tendance à progresser en période de crise économique, sociale, démocratique et sanitaire… L’époque reste favorable au dégagisme dont son parti profite d’être le seul à avoir l’avantage de ne jamais avoir été au pouvoir.    

2016 c’est aussi le début du fameux instant populiste, avec les manifestations contre la loi travail et le mouvement nuit debout, puis la crise des gilet jaunes en 2018. Crise dont il est difficile de mesurer les gains obtenus par le RN tant ses partisans se revendiquent toujours aujourd’hui non-votants. 

Mais la gestion de la crise sanitaire de la Covid-19, le terrorisme islamiste, et toujours la question de l’intégration européenne avec notamment l’immigration et les délocalisations, sont autant de sujets explosifs qui peuvent rallier des électeurs à la candidate nationaliste. 

Une possible alliance ?

Si on dit souvent que la gauche et la droite sont mortes, ou du moins dans un état convalescent avec une quête désespérée d’un leader pour la présidentielle, l’extrême droite reste également aussi divisée qu’hésitante. La performance au débat du second tour de 2017 de Marine Le Pen ainsi que ses va-et-vient sur les questions européennes ont découragé plus d’un militant. D’ailleurs, de Zemmour à Marion Maréchal, et sans compter Florian Philippot (ancien numéro 2), l’ancien Front manque aujourd’hui à rassembler.

La stratégie possible pour gagner pourrait être une alliance, une manière de renforcer sa légitimité, et ce peut-être en s’appuyant sur la stratégie de Macron et du MODEM en 2017. Si cette dernière a demandé à Nicolas Dupont-Aignan, leader du parti Debout La France, de se rallier à elle dans l’Émission « Dimanche en politique » précisant qu’«il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette sur 99,99 % de nos projets» , ce dernier a refusé sa proposition en annonçant sa candidature à la présidentielle une semaine plus tard.

Si Marine Le Pen est bien déterminée à devenir présidente dans deux ans, ses grandes difficultés à rassembler face à un président ayant encore une certaine popularité, annoncent qu’elle aura encore de la peine à briser son plafond de verre politique.

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