Vers une augmentation historique des impôts au Royaume-Uni

Boris Johnson, premier ministre britannique. Annika Haas

Décidément rien ne s’arrange avec le Covid-19. Une augmentation sans précédent des impôts se profile au Royaume-Uni avant la fin de l’année. Cette mesure pourrait amener la fiscalité britannique proche de celle de la France, alors que les écarts étaient notables entre les deux pays.

Certains anti-Brexit avanceront l’argument du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne au 31 janvier 2020, 6 semaines avant le confinement qu’a connu le pays, comme l’élément déclencheur. Il est vrai que l’accumulation des événements depuis 2016 avec en premier lieu le référendum sur l’appartenance du pays à l’U.E. et le oui qui en est sorti a dû motiver cette proposition. Un choc pour ce pays pivot de l’identité européenne qui a provoqué de vives protestations sociales. La Première Ministre Theresa May, successeuse du démissionnaire David Cameron a vite voulu limiter la casse à travers de longues négociations, en vain. Le processus de départ du Royaume-Uni de l’U.E. était lancé.

Des négociations brexitiennes houleuses

La méthode May n’aura pas suffit et c’est suite à l’arrivée en fanfare de Boris Johnson qui lui a succédé, que des négociations plus dures ont été lancées rapidement. Si le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne au 31 janvier 2020, la période de transition qui s’étend jusqu’au 31 décembre 2020 ne change rien : il y a toujours une libre-circulation des personnes, marchandises, capitaux et services. Les touristes peuvent donc s’y rendre sans difficulté. La PAC, l’Euratom ou la Politique commune de la pêche restent actifs pour le Royaume-Uni. Cette période transitoire peut être renouvelée une unique fois jusqu’à fin 2022. Mais pour Johnson, l’objectif reste de trouver un accord avant le 31 décembre.

Un no-deal risqué pour le Royaume-Uni

Au-delà de la question de l’accord, les voyants économiques sont au rouge avec l’amorce d’une récession historique pour le pays. La croissance annuelle du PIB du Royaume-Uni est passée de 1,92 % en 2016 avant le Brexit, à 1,39 % en 2018. Depuis que le processus de départ s’est engagé il y a 4 ans, les investissements sont en chute en raison de la crainte de l’issue des négociations du Brexit. En 2019, la National Institute of Economic and Social Research, écrit qu’avec le maintien de la situation actuelle sans accord à la fin 2020, le PIB tendra à baisser de 3,5 %, soit un peu plus de 70 milliards de livres. Entre le Brexit et cette crise sanitaire cette récession tend à devenir une véritable crise économique.

Quand on pense aux crises économiques, ce sont celles du krach boursier de 1929 et celle de 2007 qui nous viennent à l’esprit. La première par son imprévisibilité et l’autre par sa récence. Mais le cas du Brexit a laissé depuis 4 ans le temps à l’ensemble des pouvoirs politiques, entreprises et ménages d’assurer leurs arrières et de développer des mécanismes pour gérer l’internationalisation de leurs productions ou échanges. La crise qui se profile s’annonce donc moins brutale et mieux gérée que les précédentes. Néanmoins, la négociation d’un accord économique limiterait d’autant plus la crise avec une baisse limitée du PIB de 2 %. Le Royaume-Uni pourrait alors éviter d’être soumis aux règles plus contraignantes de l’Organisation mondiale du commerce en gardant un lien européen.

Si on se concentre sur le revenu des Britanniques et la valeur du livre, on se rend compte que cela pourrait aussi créer une crise sociale et financière. La baisse de revenus des britanniques pourrait être, selon les estimations, de 1 000 livres sterling dans les dix prochaines années, soit deux fois plus que si les accords négociés par May avaient été acceptés. Le deal jouerait, de nouveau, un rôle important, car il résorberait la baisse de revenus à 800 livres. La livre, dans cette situation brouillardeuse perd de la valeur face à l’euro, -0,61% ce lundi 7 septembre (0,897 livre équivalait à un euro).

« Nous ne serons pas un État vassal »

David Frost, négociateur du Brexit pour le Royaume-Uni

Des augmentations d’impôts sans précédent

L’avenir économique du Royaume-Uni s’annonce donc extrêmement chamboulé, d’autant plus par les augmentations d’impôts prévues. Comment les impôts vont-ils augmenter ? Étudions d’abord la fiscalité britannique en détail…

Pour commencer, l’impôt sur le revenu est prélevé par tranches, seulement trois contrairement aux cinq tranches en France. C’est plus sur la taxe d’habitation et l’impôt sur les sociétés que le changement est notable. La première est calculée en fonction de la valeur locative de l’habitation alors qu’en France, il y a davantage d’abattements en fonction du nombre de personnes y habitant. L’impôt sur les sociétés est quant à lui à 19 % seulement, alors que la France frôle les 35 %.

Ces augmentations, selon le Sunday Times, interviendraient déjà dans le budget mis en place en novembre afin de pallier à l’effondrement des finances publiques. Le chancelier de l’Échiquier (l’équivalent du ministre des Finances en France), Rishi Sunak, a décidé de mettre fin en octobre au dispositif de chômage partiel et ces augmentations seraient le moyen de renflouer, selon lui, les caisses de 20 à 30 milliards de livres.

Différentes hypothèses sont en cours de discussion comme l’augmentation de la taxation sur les plus-values immobilières, le e-commerce ou encore un impôt sur la pollution et le carburant. Mais celle qui a le plus surpris les économistes et les Britanniques, c’est la hausse de plus de 26 % de l’impôt sur les sociétés en passant de 19 % à 24 % d’imposition, ce qui pourrait rapporter 12 milliards de livres l’an prochain. L’imposition sur les sociétés est assez faible comparée aux autres puissances mondiales et est un véritable atout national. La contraction record de 20 % du PIB britannique au premier semestre a certainement participé à motiver cette décision.

Le gouvernement envisagerait même de taxer les plus riches via un impôt sur la fortune. Une mesure sur laquelle Emmanuel Macron n’a pas souhaité revenir, malgré le soutien d’économistes. Si on prend l’hypothèse d’aligner le taux d’imposition sur le revenu (29,4 %) et celui sur le capital (3,4 %) donc de multiplier ce dernier par près de neuf temporairement, cela pourrait amener plus de 150 milliards dans les caisses. La possibilité de manoeuvre est donc extrêmement large.

Le possible no-deal et le Covid-19 ne favorisent clairement pas le marché international par la baisse des importations. Cette augmentation des impôts pourrait aussi fragiliser la structure interne du pays. C’est radicalement différent de la stratégie française qui, au contraire, propose de creuser les finances publiques afin de redynamiser et moderniser le paysage du pays. Sur le plan écologique, par exemple, l’idée est de relancer la consommation (prime sur les voitures électriques ou hybrides rechargeables,…). Cette stratégie adoptée par le gouvernement français laisse néanmoins la porte ouverte à une augmentation des impôts comme au Royaume-Uni dans le futur.

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