Valéry Giscard d’Estaing : président du changement

Valéry Giscard d'Estaing / montage : Matis Brasca Kieffer

À peine plus d’un an après Jacques Chirac, VGE s’en est allé à 94 ans des suites du Covid-19. Président de la République durant un unique septennat entre 1974 et 1981, les réformes progressistes, féministes, modernes et européennes d’un homme plutôt conservateur marquèrent la société française.

Énarque, Giscard avait rapidement intégré le paysage politique en étant ministre des Finances et Affaires économiques sous le Général de Gaulle avant son éviction et son retour à son poste sous Georges Pompidou. Il se présente au scrutin anticipé de l’élection présidentielle en 1974 suite au décès de Pompidou et à l’intérim d’Alain Poher, président du Sénat. Face à Jacques Chaban-Delmas, premier ministre sous Pompidou, et François Mitterrand, premier secrétaire du PS, il remporte le 2éme tour face à ce dernier avec 50,81 % des suffrages.

Des réformes sociales progressistes, modernes et féministes

À 49 ans, il devient le président le plus jeune de la cinquième république jusqu’à Emmanuel Macron et ses 39 ans. Le président Giscard aura marqué la vie politique par sa personnalité décalée en opposition à la froideur et la dureté de ces prédécesseurs. Une communication bien réglée et innovante avec les premiers entretiens donnés en anglais à l’international, mais aussi un retour aux symboles français avec un côté moins agressif : drapeau au bleu moins clinquant, et rythme de La Marseillaise plus lent notamment dans les discours. Il démantèle l’Office de radiodiffusion et télévision française monopolistique, cesse la pression et la censure autour des œuvres cinématographiques et s’engage à ne pas porter plainte contre les journalistes portant atteinte à son pouvoir ou sa personne.

Révolutionnant l’image en politique, le film réalisé par Raymond Depardon suivant sa campagne de 1974 marque le début d’une nouvelle manière de faire de la politique.

Sur le plan sociétal, VGE aura perdu 300 000 à un demi-million de voix suite à la promulgation de la loi du 17 janvier 1975 dépénalisant l’avortement, encadrant l’interruption volontaire et médicale volontaire (IVG et IMG) portée par sa ministre Simone Veil. Opposition nette et coriace du côté de la droite et relations froides avec le Saint-Siège portée par le pape Paul VI. Simone Veil marquera aussi les esprits en portant la loi sur l’intégration des handicapés dans la société permettant des droits fondamentaux comme celui du travail et l’accessibilité de tous les bâtiments aux personnes handicapées. Dans les autres réformes sociales, on note le divorce par consentement mutuel en 1975 et l’abaissement de la majorité civile de 21 à 18 ans.

Une vision sécuritaire et migratoire profondément conservatrice  

Son mandat sur le plan sécuritaire sera marqué par les dernières exécutions en France. Le garde des Sceaux, Alain Peyrefitte, laissa le projet de côté après l’opposition des députés gaullistes. VGE décida durant son mandat de se prononcer sur chaque cas des condamnés à mort : il accordera sa grâce à quatre personnes, et la refusera à trois reprises. François Mitterrand et son garde des Sceaux, Robert Badinter, iront jusqu’au bout de la loi en 1981. Sa politique migratoire très à droite et conservatrice marque la fin de la politique d’incitation à l’immigration en la suspendant pour les travailleurs et familles dont un membre se trouve en France hormis pour les ressortissants de la CEE. Son Premier ministre, Jacques Chirac signe le 29 janvier 1976, un décret autorisant le regroupement familial pour les travailleurs étrangers séjournant en France. Cette mesure sera suspendue face à la hausse du chômage pour trois ans. Alors, seules les personnes arrivant sur le territoire sans aller sur le marché du travail français seront autorisées.

VGE lance une politique d’encouragement aux retours volontaires des immigrés par la mise en place d’une aide financière de 10 000 francs. Mais, face à l’insuccès de cette mesure, il prône un retour forcé en dénonçant les accords d’Évian permettant la libre circulation entre la France et l’Algérie. Son objectif : arrêter les titres de séjour, ou ne pas les reconduire avec comme effet le retour de 500 000 Algériens. Une mesure qu’il finira par renoncer. La loi Bonnet de début 1980 marque la fin de son mandat dans un conservatisme assumé, loi visant l’éloignement des immigrés en situation irrégulière et leur détention dans un établissement pénitentiaire. De nombreuses protestations sociales marqueront son mandat notamment face à une circulaire rendant plus compliquée l’inscription des étudiants étrangers dans les universités françaises.

La fin des 30 Glorieuses et des relations mondiales créatrices

Le mandat de Valéry Giscard d’Estaing fait face à l’éclatement des 30 Glorieuses avec d’abord entre 1971 et 1974 l’abandon des accords de Bretton-Woods, le pic de production de pétrole états-unien et la guerre du Kippour, puis l’année suivante la révolution iranienne. VGE et son premier ministre Jacques Chirac annonce alors un plan de soutien de l’économie de 30 milliards d’euros.

Sur le plan énergétique, il intensifie le programme de développement de l’énergie nucléaire avec la construction de Superphénix, un supergénérateur nucléaire. Et industriellement, malgré la désindustrialisation qui a bon vent en France et une imposition plus forte sur ce secteur, le président Giscard développe des infrastructures françaises comme le TGV ou encore l’intensification du réseau téléphonique avec un triplement des lignes durant son septennat. C’est le retour du changement d’heure toujours opérationnel en 2020.

Sur la scène internationale sévit la guerre froide. VGE initie le G5 pour faciliter la communication entre les puissances aux côtés du Japon, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la RFA, s’étendant en G6, puis G7 avec l’Italie et le Canada les années suivantes. C’est lui, avec le chancelier allemand Helmut Schmidt, qui créera le Conseil européen dès 1974. Une amitié franco-allemande marquante lors de ces années giscardiennes endiguant la création, après des mois, du Système monétaire européen permettant la stabilisation de toutes les monnaies. Ce système lancera l’ébauche pour une Union monétaire et l’euro.

En Afrique et au Moyen-Orient, Valéry Giscard d’Estaing mène une politique pro-arabe peu favorable à Israël en soutenant l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), contrairement à Gerald Ford en 1975. Derrière ça, la sûreté des approvisionnements de la France en pétrole notamment avec le contrat de 30 milliards qui en découle avec l’Iran l’année suivante. Enfin, il est à l’initiative de l’opération “Léopard” en mai 1978 qui enverra des troupes parachutistes au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) pour libérer les 3 000 Européens pris en otage par le gouvernement.

Une fin de mandat emplie d’affaires

En préparation pour l’élection de 1981, les sondages le donnent vainqueur face à Michel Rocard et François Mitterrand. Mais la campagne est chamboulée par l’affaire des diamants révélée par Le Canard enchaîné. Giscard, alors ministre des Finances, aurait reçu en cadeaux des diamants de la part du président centrafricain Jean-Bedel Bokassa d’une valeur estimée par Le Canard à 1 million de Francs. Les années suivantes démontreront avec des témoignages qu’une partie de la presse était partisane et proche du camp Mitterrand et cette affaire sera démentie.

Le Canard enchaîné publie aussi des documents affirmant que Maurice Papon, ministre du budget, a été responsable de la déportation de nombreux juifs durant Vichy. Malgré ces révélations, le président sortant n’entrera pas dans ce débat, en ne faisant pas publier des photographies retrouvées montrant côte à côte Mitterrand et le maréchal Pétain par exemple, ni la proximité entre Mitterrand et René Bousquet, l’ancien secrétaire général de la police sous Vichy, impliqué dans la traque des juifs et des résistants, notamment lors de la rafle du Vél’ d’Hiv’.

Son “au revoir” aura et marque les esprits encore lors de son discours de départ après sa défaite avec 48,24 % des suffrages. Après son mandat, il revient sur les bancs de l’Assemblée nationale à deux reprises et préside le conseil régional d’Auvergne de 1986 à 2004. Membre de droit et à vie, il intervient épisodiquement en tant que membre du Conseil constitutionnel durant les 39 ans qui suivront son mandat et soutiendra, par exemple, en 2012, le mariage pour tous. En 2016 et 2017, il apporte son soutien à François Fillon, et il fustige “l’enrichissement des plus riches” sous la présidence d’Emmanuel Macron malgré la sympathie qu’il pouvait porter pour l’actuel Chef de l’État.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *