Au Tigré, les forces rebelles n’ont pas rentré les griffes

Panorama du Haut de Debre Tsion au Tigré, Ethiopie. Jacques Groumo/FLICKR

Le Tigré est l’une des neufs régions qui composent actuellement l’Ethiopie. En août, le report des élections a conduit à une lutte armée entre les indépendantistes tigréens et l’armée. Si l’Ethiopie affirme aujourd’hui que les combats ont cessé, l’issue du conflit reste incertaine.

En août 2020, le gouvernement décide de reporter les élections législatives. L’opposition de la région du Tigré critique fermement le 1er ministre éthiopien Abiy Ahmed, l’accusant d’ignorer et de laisser complètement à l’abandon la minorité tigréenne. Cet événement va mettre le feu aux poudres, déclenchant une montée en puissance de la violence, entre d’un côté l’Etat éthiopien et de l’autre le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT). Le lendemain près de Mékélé, la capitale du Tigré, une base militaire gouvernementale est attaquée et pillée par le FLPT.

Le 5 novembre, l’État d’urgence est déclaré. S’ensuit une lutte entre gouvernement et séparatistes, menant à la prise de Mékélé le 29 novembre, véritable tournant dans cette guerre civile. Si l’on peut penser que cela marque une défaite symbolique pour le FLPT, laissant espérer une éclaircie dans ce conflit, il est impossible de savoir avec certitude si les combats ont réellement cessé ou si ils sont toujours en cours.

Pour le gouvernement, «l’opération a pris fin»

Du côté du gouvernement éthiopien, les différents membres affirment la fin officielle des combats.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, dans un tweet du 28 novembre, a déclaré que les opérations militaires sont terminées : « nous avons achevé et cessé les opérations militaires dans la région du Tigré« . Il ajoute également que l’objectif est à présent “de reconstruire la région et de fournir une aide humanitaire« .

Abiy Ahmed a appelé à la désescalade avant même la prise de Mékélé, incitant les forces du Tigré à « se rendre pacifiquement ».

L’ambassadeur éthiopien en France, Henok Teferra Shawl, a confié à Mediavenir que « l’opération au Tigré a pris fin« , ajoutant que « la seule chose qui reste est l’arrestation de la junte du FLPT, qui sont encerclés et n’ont nulle part où s’échapper ».

Tout comme le premier ministre éthiopien, l’ambassadeur se tourne maintenant vers le futur et aux projets à venir pour la région du Tigré : « Le gouvernement se concentre maintenant sur la réhabilitation de la population du Tigré, l’aide humanitaire, la mise en place d’une administration locale avec les communautés, le retour des réfugiés et la reconstruction des infrastructures ». 

À en croire cet officiel éthiopien, la situation semble être définitivement sous contrôle.

Pour le FLPT, «les combats ne cesseront pas»

Du côté du FLPT, l’heure n’est pas à la paix, bien au contraire. Le leader de la région du Tigré, Debretsion Gebremichael, affiche une ferme envie d’en découdre avec le gouvernement.

Le FLPT, par l’intermédiaire de son leader, a confirmé à l’AFP qu’il livrera des « combats acharnés » contre l’armée éthiopienne : « Ils continueront à payer pour chaque mouvement« .

Ces intentions ont été renforcées juste avant la prise de Mékélé, où le leader du FLPT a martelé : « Tant que la force d’occupation sera au Tigré, les combats ne cesseront pas ».

Elles ont aussi été confirmées après la prise de Mékélé, lorsque des tirs de roquettes ont touché Asmara (capitale de l’Erythrée) le 28 novembre. Le pays est un allié de l’Ethiopie dans la lutte contre le FLPT. Ces tirs provenaient tout droit du Tigré, suggérant des représailles de la part des forces tigréennes. Confirmation par l’ambassade des Etats-Unis d’Ethiopie : « À environ 22 H 13 le 28 novembre, il y a eu six explosions à Asmara », écrit dans une « alerte de sécurité » publiée sur son site internet.

Également le 3 décembre, les combats étaient toujours en cours selon le président de la région du Tigré Debretsion Gebremichael.

Une réalité de la situation qui semble contraster avec la version martelée par le gouvernement éthiopien.

Aucune ONG n’a pu parvenir à rentrer au Tigré

Pour les ONG, la situation liée aux combats est pour l’heure catastrophique, notamment sur le plan humanitaire. Aucune d’entre elles n’a pu parvenir à rentrer au Tigré. C’est également le cas de l’ONU (même si cela devrait changer après un accord conclu avec l’Éthiopie).

Interrogée par Mediavenir, la Croix Rouge africaine n’était pas en mesure de fournir des informations sur les combats en cours. De même pour la Chargée des relations publiques et porte-parole pour l’Afrique francophone au sein du Comité International de la Croix Rouge, Halimatou Amadou.

Du coté de l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU), son porte-parole, Saviano Abreu, a de son côté déclaré que son bureau avait « des informations faisant état de combats qui se poursuivent dans plusieurs parties du Tigré« .

Le Tigré est pour l’heure coupé du monde extérieur, rien n’y rentre ou ne sort : que ce soit transports ou télécommunications. À partir des déclarations du gouvernement éthiopien, du FLPT ou encore des ONG, on peut néanmoins en déduire que la situation reste extrêmement tendue qu’une issue pacifique semble pour l’instant être hors de portée.

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