2020. Russie : rien n’arrêtera Poutine

Le président russe organise un référendum pour renforcer ses pouvoirs, annonce un vaccin alors que son pays est gravement touché par la Covid-19, et on l’accuse même d’avoir empoisonné son principal opposant. En 2020, Poutine défraye la chronique.

Qui arrêtera Vladimir Poutine ? Le Covid-19 ne lui enlève que quelques points dans les sondages. Il règle le conflit au Haut-Karabakh en prenant la tête des négociations des semaines après le début du conflit, il modifie la Constitution lorsque cela lui semble nécessaire. Alors que son pays peine à traverser la crise sanitaire, en affichant un bilan important en termes de décès, Poutine est le premier à annoncer un virus. On lui allègue même la tentative d’empoisonnement de son principal opposant, Alexeï Navalny. Malgré les grandes manifestations de Khabarovsk, à la suite de l’arrestation du gouverneur Fourgal, qui se sont ensuite exportées à Moscou, le pouvoir de Vladimir Poutine ressort renforcé à l’issue de cette année 2020.

Ce n’est pas la Constitution qui limite Poutine, c’est Poutine qui limite la Constitution

Un pas de plus dans l’influence de Vladimir Poutine en Russie. Au pouvoir depuis 2000, l’homme de 68 ans a trouvé une solution pour repousser les limites de la Constitution. Le président de la Russie ne peut faire que deux mandats. Aucun problème, le président a décidé de proposer le 15 janvier au Parlement une réforme constitutionnelle qui prévoit toujours de limiter à deux mandats un président élu. Mais cette limitation ne comptera qu’à partir de la prochaine élection. Une façon pour Poutine de remettre les compteurs à zéro. Selon lui, cela évitera une guerre d’héritiers lors de la fin de sa gouvernance. 

La réforme prévoit de donner de vrais pouvoirs au Conseil d’Etat, constitué de membres nommé par le président. Ce dernier nommera aussi les dirigeants des agences gouvernementales en relations avec l’application des lois en concertation avec le Conseil de la fédération. La juridiction de l’État fédéral sera étendue sur l’organisation des pouvoirs publics, la sécurité des individus, la recherche technique et scientifique, le domaine spatial et de l’agriculture. 

Les sénateurs approuvent le texte le 11 mars. 5 jours plus tard, la justice du pays donne aussi leur accord. Vladimir Poutine décide de faire un référendum en avril. Mais il est reporté au 25 juin à cause du Covid-19. Avec une participation de 65 %, les votants ont été près de 78 % à voter pour cette réforme. Certaines ONG ont dénoncé des pratiques de bourrage des urnes. La commission russe affirme, elle, ne rien avoir vu d’anormal. Poutine donne des prolongations à ses pouvoirs, sans être bousculé par l’impact de la pandémie qui a sévi toute l’année dans le pays. 

Face à la Covid qui décolle, Poutine lance « Spoutnik V» 

Un nouveau virus se développe en Chine. Dès le 31 janvier, on détecte deux chinois positifs en Russie. Ce nouveau coronavirus commence à toucher l’Europe, mais aussi des russes à l’étranger. C’est en mars que tout s’accélère. Le 2, le premier cas russe officiel est détecté à Moscou. Entre le 5 et le 15 mars, les autorités sanitaires russes détectent des cas revenants d’Europe à Saint Pétersbourg, à Nijni Novgrood et à Lipetsk. Le 19, une première patiente de 79 ans meurt du virus.

Face à l’explosion de la pandémie, les autorités du pays ordonnent la fermeture des restaurants, des commerces non essentiels et des frontières le 28 mars. La Russie opte pour des solutions différentes en fonction des régions. Le 30 mars, le maire de Moscou décrète un confinement. Il est prolongé jusqu’au 1er mai et sera étendu sur toute la région de la capitale. Dès le lendemain de cette décision, d’autres régions prennent la décision de confiner leurs populations. C’est le cas pour Saint-Pétersbourg et 28 oblasts et républiques du pays comme l’oblast de Rostov au sud du pays, l’oblast de Samara situé sur la Volga et même dans l’oblast de Kalinine, la plus vaste région du pays. 

Comme en Europe, le mois d’avril sera le plus difficile avec une situation tendue dans les hôpitaux. De nombreux malades ne sont pas détectés. Sur les 15 dernières années, la Russie a perdu 12 000 médecins. Selon un sondage, l’automédication serait pratiquée par 57 % des russes. Pour faire face au défi, la Chine et le Vietnam ont envoyé de l’aide au Kremlin. 

Le 12 mai, la Russie semble commencer à maîtriser la pandémie. Les autorités organisent un déconfinement progressif par région. Au début de l’été, en pleine période d’accalmie pour l’Europe et la Russie, Moscou affirme avoir développé un vaccin utilisable. Vladimir Poutine explique même avoir inoculé sa fille ! 

Mais en octobre, la Russie ne fait pas exception à une seconde vague. On atteint des records de contaminations détectées le 13 octobre avec plus de 13 000 cas. 

Le 27 octobre, Poutine a annoncé des restrictions fortes dans l’espoir de faire inverser les courbes des hôpitaux. Depuis, le président russe fait tout pour éviter un reconfinement, qui lui avait fait perdre des points dans les enquêtes d’opinions au printemps dernier. Heureusement, il peut compter sur sa « nouvelle arme géopolitique » en matière de santé.

En hommage au premier satellite du monde, lancé par l’URSS en 1957, « Spoutnik V » est le nom du vaccin conçu dans les laboratoires russes. Son efficacité est confirmée par la revue The Lancet à la rentrée. Moscou a commencé par distribuer le vaccin à 70 cliniques à travers le pays samedi 5 décembre. Une semaine plus tard, le pays engage une grande campagne de vaccination. Si 59% de la population exprime sa réticence, Poutine redore son image avec cette « prouesse sanitaire ». Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, évoque quand à lui un « coup de com’» .

Empoisonnement de Navalny : le président voudrait « rétablir la vérité »

Alexei Navalny sortant de réanimation à Berlin (Instagram)

En plein cœur de l’été, entre deux vagues épidémiques, la vie politique russe prend des tournures internationales. Le 20 août, l’un des rares opposants russes Alexei Navalny est en réanimation à Berlin. La piste d’un empoisonnement est envisagée. Une possibilité confirmée par les résultats médicaux allemands 4 jours plus tard.

Tout au long de la fin de l’été, la France, les États-Unis et l’ONU appellent à la clarté et à une enquête immédiate. Après 3 semaines de réanimation, Navalny se rétablit. Le 17 septembre, une enquête explique que c’est dans un hôtel à Tomsk où Navalny aurait consommé une bouteille empoisonnée, 3 jours avant son entrée à l’hôpital. Une piste confirmée le 6 octobre lorsque les médecins retrouvent un poison dans les analyses médicales de Navalny, du Novitchok. Mais la police russe continue à dire que l’opposant de Poutine était malade d’une simple pancréatite. 

Angela Merkel a appelé son homologue russe pour lui informer qu’Alexei Navalny a bien été empoisonné par un agent neurotoxique de type Novitchok. Face aux questionnements sur la scène internationale, Vladimir Poutine se dit prêt à coopérer pour rétablir la vérité.

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