2020. Chine : « une année du rat » devenue celle du pangolin et des Ouïgours

En janvier, c’est à Wuhan que l’épidémie démarre. En juillet, la BBC révèle l’horreur des camps d’internement des Ouïgours. La Chine est restée sous le feu des projecteurs tout au long du reste de l’année.

2020年中国人民新年快乐!

«Bonne année 2020 au peuple chinois» déclarait Xi Jinping, président de la République populaire de Chine le 31 décembre dernier. Après s’être félicité d’une année 2019 réussie à tous les niveaux, il promet à son peuple une année remplie de grands accomplissements.

Le 5 janvier 2020, la région du Hubei devient le foyer d’une mystérieuse pneumonie d’origine inconnue. Deux semaines plus tard, les premiers morts sont recensés. Les médecins sur place estiment que ce virus «est très virulent chez les personnes de plus de 65 ans et chez les personnes vulnérables».

Très vite, tout s’accélère, la Chine s’inquiète. Le virus se répand plus vite que prévu. Des cas sont détectés à Shenzen, à Pékin. Le 20 janvier, la Corée du Sud, le Japon et la Thaïlande détectent leurs premiers cas. Les autorités sanitaires chinoises rassurent le monde : «Ce virus a un risque faible de propagation entre humains». 

La Chine désigne le marché de Wuhan comme berceau de ce virus. Pour endiguer la propagation, les autorités décident de mettre en quarantaine toute la ville. 11 millions de chinois sont bloqués chez eux.

En visite à Wuhan le 27 janvier, le président Jinping annonce que le commerce d’animaux sauvages sera interdit dans tout le pays. En 2003, la civette était déjà responsable de l’épidémie du SRAS. Détecter un animal précis pour ce virus reste flou. Mais sur les réseaux sociaux, des photos du marché de Wuhan choquent le monde occidental. On y voit des poules entassées dans des cages, des soupes servies dans des ailes de chauve-souris, des animaux sauvages vivants agglutinés à proximité de la nourriture, des insectes, des porcs.

Il est déjà trop tard pour cantonner le virus à Wuhan. Le 2 février, on recense 14 000 malades et 304 morts. Des premiers cas apparaissent à Houston aux États-Unis, à Bordeaux et à Paris en France ainsi que dans le nord de l’Italie. Le monde se tourne vers la Chine.

Le monde s’agace. On reproche à la Chine d’avoir tardé à réagir. Le médecin chinois Li Wenliang alertait depuis l’année dernière qu’un virus se propageait. Mais les forces de l’ordre du pays avaient préféré l’interpeller avant de le relâcher. Officiellement atteint du virus, il meurt le 7 février. Pékin lance des méthodes jugées trop restrictives des libertés. L’application chinoise WeChat est censurée. On note les citoyens par couleur pour savoir si une personne est à risque. Finalement, il faut attendre fin février pour que le président Xi Jinping prenne au sérieux la menace : «Ce coronavirus est la plus grave urgence sanitaire en Chine depuis 1949».

Pékin réagit. En 10 jours, des ouvriers montent un hôpital de fortune. Le pays bascule toute sa population en quarantaine. Le pangolin est désigné comme l’animal le plus probable pour être à l’origine de la transmission du virus à l’homme. 

Washington met en cause l’institut de virologie de Wuhan

Pékin dresse un bilan épidémique nettement meilleur que les pays occidentaux en pleine première vague. En Chine, on ne compte « que » 3 305 décès.

Les organismes internationaux, eux, restent sceptiques. Ils estiment le nombre de morts à plus de 40 000. Les images de suractivité des funérariums ont aussi montré la face cachée du pays. Depuis avril, le pays semble contrôler l’épidémie malgré l’apparition de nouveaux clusters au début de l’été. En août, une grande fête se déroule à Wuhan. Les images en Occident surprennent, les pays craignent une seconde vague. La Chine se justifie en disant qu’elle a testé en masse sa population, rendant le contrôle du Covid-19 possible.

Ce qui est au centre de l’attention, c’est de connaître l’origine du virus pour trouver un responsable. Le 17 mars, pendant que l’Europe et les États-Unis font face à une explosion de cas Covid, la Chine commence à maîtriser l’épidémie. Le pays se permet même d’accuser l’armée américaine d’avoir emmener le virus à Wuhan. C’est le début d’un conflit diplomatique de plusieurs mois entre les États-Unis et la Chine.

Les relations se tendent encore plus en avril. Washington met en cause l’institut de virologie de Wuhan. Il y a 2 ans, l’ambassade américaine aurait rendu plusieurs visites à cet institut et aurait alerté les États-Unis sur les mesures de sécurité insuffisantes. Emmanuel Macron a également réagi et évoque «des zones d’ombre». Le président russe Vladimir Poutine qualifie les accusations de Washington de «contreproductives». Ce laboratoire n’est qu’à quelques kilomètres du fameux marché de Wuhan. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo se montre plus direct : «Rien que le fait qu’il faille poser ces questions, rien que le fait que nous n’en connaissons pas les réponses, que la Chine n’a pas partagé les réponses, cela en dit long». L’institut réagira 2 jours après en réfutant toutes les accusations. 

Début mai, c’est au tour de l’OMS d’appeler Pékin à l’«inviter» pour enquêter sur les origines de ce virus. Donald Trump envisage de nouvelles taxes punitives car selon lui, Washington a acquis la certitude que ce coronavirus provenait du laboratoire de Wuhan. Acculé, Xi Jinping doit réagir : «Nous n’enquêterons pas tant qu’il n’y aura pas eu de victoire finale» 

«La Chine est à la pointe de la recherche en matière de vaccins et de traitement contre le Covid-19. De ce fait, elle a plus de raisons que quiconque de se méfier du vol d’informations sur Internet» se justifie Zhao Lijian, porte parole du ministère des affaires étrangères chinois.

Depuis, Donald Trump a décidé de retirer les États-Unis de l’OMS. Une décision que Pékin a jugé comme une façon de « se soustraire à ses obligations ».

Des sanctions internationales face à la répression des Ouïgours

Jusqu’à l’été, les relations sino-américaines ne cesseront de se rafraîchir.  «Pendant que les Etats-Unis et leurs alliés se coordonnent pour une réponse collective, transparente pour sauver des vies, la Chine continue de faire taire les scientifiques, les journalistes et les citoyens et de répandre la désinformation» regrette Mike Pompeo. Mais en juillet, les États-Unis décident aussi de réagir en imposant des sanctions contre plusieurs dirigeants chinois accusés de réprimer les Ouïgours. Les autorités chinoises imposeront des sanctions réciproques aux Américains. 

Cet été, la BBC a révélé l’horreur des camps d’internement au Xinjiang et des vidéos circulent en masse sur les réseaux sociaux. Certains parlent d’un génocide. Les Ouïgours, c’est plus de 12 millions de personnes en Chine. Dans ce pays où il reste délicat de récolter des informations, les organisations internationales décident d’enquêter discrètement. Le 29 juin, un rapport accuse le pays de stériliser de force les Ouïgours. Un expert Allemand évoque la chute des naissances dans la communauté musulmane des Ouïgours. 

Par la suite, Londres réagit et dénonce «des atteintes graves» aux droits humains. Sur les accusations de travaux forcés et de stérilisations, les autorités anglaises estiment que cela rappelle «quelque chose que nous n’avons pas vu depuis très longtemps, et cela de la part d’un membre de premier plan de la communauté internationale qui veut être pris au sérieux». Sur la défensive, Pékin prévient que Londres sera victime des mêmes représailles que celles pour Washington si ils imposent des sanctions. 

Le 21 juillet, la France monte au front et dénonce une «pratique révoltante et inacceptable». Le lendemain à l’Assemblée Nationale, le ministre Jean-Yves Le Drian enfonce le clou. Il explique les pratique chinoises, il y aurait ainsi «des camps d’internement pour les Ouïgours, des détentions massives, des disparitions, du travail forcé, des stérilisations forcées, la destruction du patrimoine culturel ouïgour et en particulier des lieux de culte, la surveillance de la population et plus globalement tout le système répressif mis en place dans cette région». 

En septembre, le président du conseil européen Charles Michel poursuit les accusations. «Nous réitérons nos préoccupations sur le traitement par la Chine des minorités au Xinjiang et au Tibet, ainsi que sur le sort réservé aux défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes» déclare-t-il.

En octobre, 39 pays demandent à la Chine de respecter les droits des Ouïgours. Selon des diplomates occidentaux, Pékin multiplie les pressions chaque année pour dissuader les membres de l’ONU de signer, menaçant de ne pas renouveler une mission de paix dans certains pays ou d’empêcher la construction d’une nouvelle ambassade en Chine pour un autre. 

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