Ce qui attend Joe Biden en matière de politique étrangère américaine

Drapeaux de l'OTAN, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l'URSS.

Alors que les sujets de politique étrangère sont passés au second plan des débats entre candidats de cette élection américaine, à quoi peut-on s’attendre venant de Joe Biden en tant que président américain ? Une politique qui vise le retour d’une Amérique plus multilatérale sur la scène internationale, certainement. Une plus grande implication dans l’OTAN et le regain d’une diplomatie de dialogue avec la Chine devraient être au cœur de ses priorités extérieures.

La première bataille du président élu serait de renouer avec une vision bien plus libérale de sa politique étrangère. Revenir à un internationalisme au sens de la doctrine wilsonienne – celle d’une Amérique missionnaire. Une forme d’exceptionnalisme, donc, probablement entachée par son prédécesseur. Mais cela implique-t-il nécessairement le retour à un interventionnisme militaire ? Pas forcément, puisque la priorité serait accordée à une plus forte implication au sein des organisations internationales et régionales. Plus généralement, les objectifs de la nouvelle administration graviteraient autour d’une consolidation des relations diplomatiques. Notamment, auprès de ses alliés, dans l’idée de redéfinir un multilatéralisme vital aux démocrates et bien plus soutenu sous la présidence d’Obama.

Globalement, l’ancien vice-président a déjà prévu de rejoindre les accords de Paris, axés sur la collaboration en matière d’écologie. Il devrait aussi tenter d’adhérer de nouveau à l’accord de Vienne sur le contrôle du nucléaire iranien. Tous deux quittés par Donald Trump durant son mandat.

Europe : une plus forte d’implication dans l’OTAN

Au sein du vieux continent, le principal enjeu américain devrait être de restaurer les relations transatlantiques jusque-là mises à mal par le mandat républicain. C’est l’intention que pourrait avoir la nomination de Tony Blinken au poste de secrétaire d’État de l’administration Biden. S’impliquer davantage à l’OTAN, donc, afin de rassurer les alliés. En effet, bien plus qu’une alliance militaire, l’organisation sert également de pont diplomatique pour renforcer les liens entre la Russie, la Turquie, la Chine et l’Europe.

En s’impliquant davantage, les États-Unis conservent un appui stratégique important. Soulignant une forme de mainmise sur leurs opérations politiques et sécuritaires régionales. Pourtant, Joe Biden devrait s’efforcer d’agir dans le sens d’une émancipation militaire européenne, dans le but d’aboutir à une mise en commun de leurs forces armées.

Dans une même logique, les États-Unis devraient se désintéresser davantage de ce qui a trait à la Turquie. Leur volonté pourrait être de renforcer l’éloignement du rôle d’arbitre qu’ils se sont souvent attribués. Quoi qu’il en soit, la nouvelle présidence démocrate devrait être plus regardante sur les questions des droits de l’Homme – comme le suggèrent les objectifs de l’alliance transatlantique –, mais aussi face aux partenariats militaires entre la Turquie et la Russie.

De son côté, le Kremlin redoute ce même regard. Souvent plus à l’aise dans le dialogue avec les partis républicains que démocrates, comme en a souvent témoigné l’histoire. Non sans rappeler certains aspects de la Guerre Froide, le renforcement de l’OTAN devrait servir une plus grande implication de l’organisation aux frontières russes. Notamment, sur des affaires conflictuelles, dans le Caucase ou encore en Ukraine. Toutefois, les deux partis devraient s’entendre sur d’autres sujets, à l’instar de la dénucléarisation des pays qui lui sont proches.

Chine : renouer le dialogue dans une continuité stratégique

La relation sino-américaine est probablement le sujet le plus épineux de la politique étrangère de Joe Biden. D’une part, du fait des évènements récents. Qu’il s’agisse du préjudice porté par la gestion de la crise sanitaire ou le dépouillement des scrutins électoraux aux États-Unis ; tant de facteurs qui témoignent, pour la Chine, d’une Amérique désorganisée, aux moyens obsolètes et en perdition.

D’autre part, au vu des partenariats stratégiques noués dans la région – entre les États-Unis, Taiwan, la Corée du Sud ou encore le Japon –, qui retiennent Pékin de son envie de réunifier l’île taiwanaise à la Chine. Cette alliance empêchant également une projection militaire ambitieuse dans la région. Ce n’est pas tout, puisque Biden devra composer avec une rivalité commerciale devenue délétère. Elle s’illustre par l’action dénonciatrice de certaines entreprises chinoises de la part de Donald Trump. À l’inverse, Pékin cherche au maximum à limiter les importations venant du géant américain.

Ainsi, une certaine adversité s’instaure entre les deux plus grandes puissances économiques, qui s’inscrit insidieusement dans la logique d’une course à l’hégémonie globale. Dans cette perspective, les actions de Joe Biden devraient être limitées. Ce dernier n’aurait d’autre choix que de modeler sa politique dans la continuité de celle de son prédécesseur. Il s’agirait alors de renforcer les partenariats stratégiques déjà présents dans la région. Néanmoins, le président élu devrait aborder la question différemment, en apportant un changement de ton dirigé vers une diplomatie du dialogue renforcée.

Finalement, tandis que l’attente d’une passation de pouvoir prend forme, les tendances populaires sur le sol américain continuent d’être marquées par une division politique de l’opinion publique. Ramener l’unité au sein de la population est un facteur important du premier mandat de Joe Biden. De fait, il en sera de même de sa politique étrangère. Quels que soient les moyens, de la coercition au consensus, le 46ème président aura bien du travail s’il compte changer de paradigme.

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