Gretel et Hansel : entre parti pris féministe et photographie exceptionnelle

Gretel et Hansel (2020) - Affiche officielle

J’adore ces films qui reprennent d’anciens contes avec une ambiance fantastique ou horrifique. Alors quand j’ai vu dans les tops cinéma 2020 qu’une nouvelle adaptation du conte des frères Grimm était sortie en VOD cet été, j’ai sauté sur l’occasion pour le rattraper et c’est particulièrement réussi.

La dernière adaptation, Hansel et Gretel : Witch Hunters (Tommy Wirkola, 2013) réunissant Jeremy Renner et Gemma Arterton, faisait figure de petit nanar appréciable et divertissant. Là, le confinement aura eu raison de la sortie en salle qui aurait été très appréciable surtout par le parti pris visuel du métrage. Osgood Perkins, fils d’Anthony Perkins, signe son troisième métrage (après February (2015) et l’intéressant I am the pretty thing that lives in the house (2016)) après une carrière d’acteur. Disons-le, ça n’est pas le réalisateur du moment, malgré des critiques qui l’encensent.

Une réinvention visuelle aux prestations démentes

Évidemment, le métrage reprend le conte Hansel et Gretel et raconte l’histoire de cette jeune fille et son petit frère qui, après avoir été chassé de chez leur mère désespérée, trouvent refuge dans une maison tenue par une vieille femme. Des événements étranges vont alors se parler. Bon, cette dernière phrase, c’est celle que vous retrouvez dans les synopsis ou bandes annonces des productions – souvent mauvaises – Blumhouse. Cependant, là, le cinéaste, avec ce matériau originel, tente des choses avec succès tout en ayant un scénario qui se tient de bout en bout.

Il y a déjà avec ce titre un véritable parti pris féministe. Gretel et la vieille femme sont ainsi mis en exergue dans le film. Pourtant, cela ne semble pas être quelque chose de forcé pour dénoncer quelque chose avec d’énormes sabots ou pour plaire à la critique et aller dans le moule des productions. On peut citer dans ce cas Black Christmas (Sophia Takal, 2019) ou Charlie’s Angels d’Elizabeth Banks la même année. Ce plan là est amené plutôt finement sans que ça soit trop voyant et devient véritablement naturel. Il faut avoir vu différentes adaptations pour voir un réel changement de point de vue.

Visuellement, grâce à la photographie de Galo Olivares, le métrage est absolument magnifique et a une réelle pâte intéressante. Cela nous entraîne dans une ambiance tantôt symétrique, tantôt plongée dans une lueur d’intérieur ambrée sonnant comme réconfortante ou maladive selon les moments. Tous les plans sont réfléchis de A à Z avec un sens de la colorimétrie absolument parfait. Tout cela donne une véritable ambiance de conte horrifique ou de sorcières avec un aspect brumeux ou sombre à certains moments. Les compositions musicales du Français Robin Coudert sont absolument passionnantes et en totale adéquation avec la mise en scène.

Le scénario ne réinvente rien de particulier tout en se permettant quelques disgrâces et donc ce parti-pris axé sur Gretel tout à fait intéressant et amplifié par la prestation de Sophia Lillis. Ce nom et surtout son visage vous dira sans doute quelque chose puisqu’on l’a vue dans Ça et Ça – Chapitre 2 d’Andrés Muschietti (2017 et 2019) et la série Netflix, annulée au bout d’une saison, I am not okay with this (2020). Interprétation tout à fait agréable, intéressante avec l’ajout de sa voix en off permettant d’être dans ses pensées avec, de nouveau, un aspect psychologique. Alice Krige apporte, elle, une dimension particulièrement mystérieuse, voire mystique. Elle fait clairement peur, de son physique à sa voix particulièrement pesante en VO et quelques scènes sont marquantes comme celle des cheveux lors du repas (cf : affiche d’illustration).

Le côté féministe ne vampirise donc pas le métrage d’1 heure 22 qui est passionnant du début à la fin sans scènes de trop. Tout est bien amené et résolu. L’horreur n’est jamais gore. Ce film s’interdit les jump scares que l’on retrouve dans les slashers type Halloween (David Gordon Green, 2018) ou des créations françaises comme Ghostland (Pascal Laugier, 2018). Toute cette peur est sous-jacente et est créée par le visuel particulièrement stressant à certains moments. On regrettera tout de même le manque de développement – pouvant faire l’objet d’un spin-off – de la sorcière qui guérit la jeune fille. Le métrage est, au final, particulièrement réussi en réinventant subtilement ce conte à la sauce féministe avec des visuels dingues, une musique envoûtante et des actrices excellentissimes : 4/5

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