Ce jour-là, le 30 décembre 1916

Le regard de Raspoutine. Colorisation : Adrien Fillon/Mediavenir

Le 30 décembre 1916, trois coups de feu retentissent au palais Ioussoupov à Saint-Pétersbourg. La cible est Grigori Raspoutine. Guérisseur auprès du tsarévitch Alexis atteint d’hémophilie, mais plus communément vu comme un charlatan par ses ennemis, Raspoutine était sans conteste l’un des personnages les plus mystérieux et surprenants des XIXe et XXèmes siècle. Alors, Saint ou détraqué ?

« Un drame à la Cour de Russie » écrit le journal L’Humanité, en date du 1er janvier 1917

Un personnage (très) mystérieux

Raspoutine est originaire du village de Pokrovsoïe (oblast de Tioumen), en Sibérie. Ses parents sont profondément religieux. Issu d’une famille plutôt modeste, Raspoutine est illettré, ce n’est que pendant ses voyages « mystiques » qu’il apprendra à lire et à écrire.

Dès l’âge de 16 ans, Raspoutine va vivre des expériences assez étonnantes. Par exemple, il verra plusieurs apparitions à caractère mariale. Aussi, à la « mode » des orthodoxes il portera une ceinture en fer pour meurtrir la chair. Il s’enfermera dans la cave de son père pour défier ses tentations. En bref, on peut voir que la religion est omniprésente chez Raspoutine.

Pokrovskoïe, village où est né Raspoutine en 1869 / Wikimedia Commons

Sa vie auprès de la famille impériale

Raspoutine arrive à Saint-Pétersbourg en 1904 sous l’impulsion de la grande-duchesse Militza, passionnée d’occultisme. Très vite, le guérisseur fait succès à la cour impériale. Là-bas, il est entouré d’admirateurs et d’admiratrices venant pour la plupart de la haute aristocratie Pétersbourgeoise.

Le 12 août 1904 naît le tsarévitch Alexis. Atteint d’hémophilie, ses parents sont désemparés. Ils ont tout essayé : guérisseurs, Popes orthodoxes mais rien n’y fait, Alexis est constamment victime d’hémorragies. La moindre égratignure ou même le moindre hématome et c’est la vie du tsarévitch qui est en danger.

Raspoutine arrive au chevet d’Alexis en 1907. C’est Alexandra, la tsarine qui le fait venir. Il est le seul à pouvoir soulager le tsarévitch de ses hémorragies internes qui le font souffrir. Son remède : l’interdiction de la prise de médicaments, notamment l’aspirine qui a pour effet de liquéfier le sang, aggravant alors encore plus la santé d’Alexis.

« Ouvre les yeux, mon fils »

Mots prononcés par Nicolas II à son fils Alexis, suite à l’intervention de Raspoutine en 1907. Dès cet instant, Alexis retrouve le sourire et son état s’améliore considérablement.

Il devient alors très vite la personne la plus proche de la famille impériale, il devient aussi un familier du Tsarkoïe Selo (la résidence principale du Tsar). En octobre 1912, alors qu’on donne l’extrême onction au tsarévitch encore atteint d’une violente hémorragie, Raspoutine entre en extase devant le portrait de la Vierge de Kazan. Il se relève et envoie un télégramme au palais impérial disant :

« N’ayez aucune crainte. Dieu a vu vos larmes et entendu vos prières, Mamka. Ne vous inquiétez plus. Le Petit ne mourra pas. »

Télégramme de Raspoutine adressé au Palais Impérial

Aussitôt le télégramme reçu, l’état du tsarévitch s’améliore d’une façon incroyable. Cet acte est vu comme un miracle, et Raspoutine gagne encore plus en réputation.

Une vie de débauche

Profitant de la protection de l’impératrice, Raspoutine n’hésite pas à (trop) profiter de sa nouvelle vie. Il s’immisce aux rangs de la haute société de l’époque, et vit dans l’alcool et le sexe. Dans son appartement, il reçoit des dizaines et des dizaines de femmes par jour, venant le voir pour se faire guérir. Mais pour Raspoutine, l’objectif est tout autre. Une fois ces femmes mises en confiance et hypnotisées par son regard, il en profite pour avoir des relations sexuelles avec elles. On dit même qu’il en avait 10 quotidiennement.

Raspoutine entouré de ses admiratrices, en 1914 / Wikimedia Commons

Descente aux Enfers

Depuis peu, le Premier Ministre Piotr Stolypine met en garde Nicolas II vis-à-vis de Raspoutine. Il fait appel à l’Okhrana, la police secrète pour surveiller celui qu’on appelle « l’homme de Dieu ». Raspoutine va même jusqu’à tenter de convaincre le Tsar de ne pas entrer en guerre contre l’Allemagne et l’Autriche en 1914. Visiblement, son pacifisme n’est pas au goût des officiers qui entourent Nicolas. En 1911, il est expulsé de la Cour et est envoyé à Kiev, où il prédit la mort de Piotr (qui arrivera effectivement quelques mois après).

C’est le 29 juin 1914 que la première tentative d’assassinat contre Raspoutine a lieu, par une détraquée qui l’a poignardé. Il se rétablit vite, comme si de rien n’était. A partir de là, sa notoriété commence à sérieusement régresser.

Dès 1916, Raspoutine s’enfonce encore plus dans l’alcool et le sexe. L’assassinat de ce dernier perpétré par Ioussoupov est à l’origine d’une profonde haine envers le guérisseur. En fait, c’est le prince Félix Ioussoupov qui va perpétrer cet acte. Il est jaloux des privilèges que Raspoutine a, au sein de la Cour Impériale et de l’importance qui lui est donnée. Pour le jeune prince, il faut l’éliminer.

Le prince Félix Ioussoupov, photographié en 1914 / Wikimedia Commons

L’assassinat

C’est dans la nuit du 16 au 17 décembre 1916 (du 29 au 30 dans le calendrier grégorien) que tout va se dérouler.

Dans la nuit du 29 au 30, Raspoutine se rend à une réception chez le prince Félix Ioussoupov devenu neveu par alliance du couple impérial. Là-bas, il y retrouve le grand-duc Dimitri Pavlovitch, le député d’extrême-droite Vladimir Pourichkevitch et d’autres personnalités de l’époque. Le prince emmène Raspoutine dans son salon au sous-sol, et lui sert copieusement du vin et des gâteaux (imprégnés de cyanure). Voyant que le poison semble ne faire aucun effet, le prince est totalement désemparé, surtout que Raspoutine s’est rendu compte de la supercherie et commence à s’emporter dans une colère noire.

Le prince part et va chercher un revolver auprès du grand-duc, Dimitri. Il revient, et tire sur Raspoutine. Quelques instants plus tard, il court chercher ses quatre amis pour leur rendre compte de la mort de ce dernier. Ils parviennent à l’extirper de la maison, et le jette dans la Neva, glacée.

Son corps est retrouvé le 1er janvier au matin. L’autopsie prouvera qu’il n’est ni mort des balles, ni du poison, ni des coups assénés. L’assassinat réjouit évidemment les officiers mais attriste le couple impérial. Les prédictions de Raspoutine s’avéreront vraies, la Révolution de Février 1917 va être fatale tant pour les Romanov, que pour le tsarisme. C’est la fin d’un pan grandiose et fabuleux de l’histoire de la Russie.

Photographie du cadavre de Raspoutine / Wikimedia Commons

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *