Ce jour-là, le 17 février 1871

Adolphe Thiers photographié par Nadar, dans les années 1870. Colorisation : Adrien Fillon/Mediavenir

Le 17 février 1871, l’Assemblée Nationale se réunit afin d’élire le nouveau chef du pouvoir exécutif. Sous l’égide de Jules Grévy, les députés élisent Adolphe Thiers. « Illustre vieillard de la République », antisocial, conservateur, il aura été le second président de la République française.

Adolphe Thiers photographié par Nadar, dans les années 1870. Colorisation : Adrien Fillon/Mediavenir

« Illustre vieillard de la République »

« […] M. Thiers aurait été nommé chef du pouvoir exécutif. C’était prévu. Ce qui l’est moins, c’est la politique que va suivre cet homme du passé pour nous refaire un avenir. Attendons. »

Le Charivari, 18 février 1871.

Cette citation du Charivari fait une bonne amorce, car effectivement, Adolphe Thiers a un passé politique assez conséquent et intéressant. Explications.

Portrait de Louis-Philippe Ier, roi des Français de 1830 à 1848, succédant à Charles X. Colorisation : Adrien Fillon/Mediavenir

Thiers est né en 1797 dans les toutes dernières heures de la révolution. Issu d’une famille bourgeoise, il hérite donc des traditions monarchiques et conservatrices du pays. Il rejoint la politique dans les années 1830, en plein dans la Monarchie de Juillet. En 1836, il devient Président du Conseil, mais jugeant la politique extérieur de Louis-Philippe Ier comme trop forte, il est contraint à démissionner en 1840, et se penche vers le Bonapartisme.

Voyant le vent tourner, il se range du côté des Républicains. Thiers rejoint le centre-gauche puis bascule vers la droite conservatrice lors de l’élection de Napoléon III en tant que Président des Français en octobre 1848.

Thiers : l’homme des répressions

Thiers était souvent vu comme un « antisocial », à cause de ses nombreux actes de répressions lors de la révolte des Canuts en 1834, pendant la Révolution de Février et des Journées de Juin en 1848, ou pendant la Commune de Paris en 1871.

Février 1848. Tout bascule. Avec l’instabilité de la Monarchie de Juillet qui n’est vue que comme un régime de compromis, et sous l’impulsion d’une classe ouvrière qui exprime de plus en plus son mécontentement, la Révolution de Février va avoir lieu. Les Républicains avec comme figure de proue Alphonse de Lamartine affrontent les Orléanistes. Le 25 février, soit trois jours après le commencement de la Révolution, Lamartine proclame la Deuxième République devant l’Hôtel de Ville. La monarchie est définitivement rayée en France.

À ce moment-là, Thiers est revenu au pouvoir. Il réprime la Révolution de Février, mais aussi les Journées de Juin. Cette protestation est d’origine ouvrière et permet d’observer une gauche de plus en plus présente.

« Après l’attaque » est le cliché le plus connu des Journées de Juin, en 1848. Colorisation : Adrien Fillon/Mediavenir

Sentant le coup d’Etat de Napoléon III en décembre 1851, il décide de quitter la vie politique pour y revenir qu’en 1863.

Dessin du Monde illustré montrant Gambetta, Spuller et d’autres, s’échappant en ballon à destination de Tours/Retronews

Après la proclamation de la Troisième République le 4 septembre 1870 suite à l’abdication de Napoléon III, le Chef de l’État Français devient Louis Jules Trochu. Fin septembre, la Prusse envahit Paris : le Siège de Paris commence. Le gouvernement décide de quitter Paris occupé, et de se replier à Tours pour garder contact avec les départements non-envahis par l’ennemi, afin d’organiser la riposte. Seul hic : comment sortir de Paris ?

Gambetta et le reste du gouvernement ont une idée assez farfelue : s’échapper de la capitale en ballon (montgolfière, ndlr). Le 7 octobre, Gambetta s’envole de la place Saint-Pierre à Paris à destination de Tours.

Extrait de la Une du Petit Journal du 8 octobre 1870/Retronews

Élection

La délégation de Bordeaux se replie à Paris en janvier 1870. Gambetta démissionne le 6 janvier. Les élections débutent le 7 février 1871, et durent 10 jours. À ce moment-là, l’ennemi occupe 43 départements. L’Assemblée Nationale élit Jules Grévy pour la présider.

Occupation de la France en 1871/Wikiwand

Le 17 février, Adolphe Thiers est le nom qui ressort : les députés ont confiance en lui à cause de son passé politique, et de son âge (Thiers a 73 ans à cette époque). Il est élu chef du pouvoir exécutif de la République française. Le 31 août, il est élu Président de la République française, avec 491 voix contre 94.

Toutes les bonnes choses ont une fin, Thiers est renversé en 1873 à cause d’une majorité monarchiste, il est remplacé par Mac-Mahon. Cette Troisième République a duré 69 ans.

Lors de ses funérailles, en 1877, Gambetta dira de lui qu’il était le « libérateur du territoire ».

Caricature d’Adolphe Thiers dans L’Eclipse (grand journal satirique), par André Gill (grand caricaturiste français).

Sources :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *