Pieces of a Woman ou le film de festival typique…

Pieces of a Woman - Affiche officielle

Troisième critique d’un film Netflix en ces temps où les salles de cinéma sont fermées. La plateforme inaugure son année 2021 dans une veine auteuriste et clairement faite pour les festivals et cérémonies. En allant chercher le réalisateur hongrois, Kornél Mundruczó, Netflix veut s’ériger comme un nouveau créateur de « films à statuettes ». C’est flagrant. Ainsi, et avec déception, le film ne fonctionne que pendant une demi-heure.

Après le fascinant Le Blues de Ma Rainey et le décevant et bâclé Mort à 2020, la déception suit son cours. Si on attend Malcolm & Marie de Sam Levinson – à qui on doit la série Euphoria – le 5 février réunissant Zendaya et John David Washington, Pieces of a Woman laissait entendre un début d’année positif. Netflix, en réunissant Vanessa Kirby et Shia LaBeouf, un réalisateur qui attire le pan cinéphile de Netflix et un scénario mélo pour les Oscars, avait toutes les cartes en main pour ne pas tomber dans la facilité et rater le coche.

Un film auteuriste au début totémique

Il faut dire que le métrage avait des points positifs. Kornél Mundruczó est une valeur sûre avec pour ces sept premiers films, quatre participations au Festival de Cannes amenant à une reconnaissance internationale. Le cinéaste est considéré par la critique comme une étoile montante et un grand cinéaste aux côtés de ces homologues grecs et polonais, Yórgos Lánthimos et Paweł Pawlikowski. Pieces of a Woman bénéficie cette fois d’une couverture médiatique avec Netflix en étant le premier tourné en anglais pour le réalisateur hongrois. 

Gage de qualité en amont : Martin Scorsese et Sam Levinson – encore lui – en tant que producteurs délégués. Vanessa Kirby, actrice principale, a, par ailleurs, reçu la Coupe Volpi pour son interprétation à la Mostra de Venise. Le film raconte l’histoire d’un couple, Martha (V. Kirby) et Sean (S. LaBeouf) faisant face à un décès les plongeant dans une profonde tristesse. Les relations entre eux et avec la famille de Martha notamment sa mère (E. Burstyn) se voient bousculées.

Il faut dire tout d’abord que le film est particulièrement réussi. Réfléchi, joliment composé, aux interprétations magistrales,… Néanmoins, dans une volonté d’être trop film de festival, le métrage tombe dans des travers et des outrances bien dommageables et pourtant évitables. Les trente premières minutes sur ces deux heures de film sont véritablement magistrales, d’une rareté et d’une précision sans faille en proposant ce plan-séquence très long, très lancinant, lent dans un esprit particulièrement stressant, voire oppressant et sadique. Pourtant, ce début de film implante la trame scénaristique classique allié au style du réalisateur qui se sent à 15 kilomètres avec cette caméra qui capte l’instant.

Cela me fait directement penser au taïwanais Hou Hsiao-hsien, particulièrement investi dans cette idée de plan-séquence, mais aussi la plus neutre dans une idée de capter le réel avec presque une verve documentarisante. Le réalisateur instaure donc une force scénaristique, son propre style et des acteurs particulièrement exceptionnels avec ce couple soudé, fusionnel campé par Vanessa Kirby que l’on a vu dans l’excellentissime L’Ombre de Staline (Agnieszka Holland, 2020) que je vous recommande, et donc Shia LaBeouf. Cette introduction, sans musique, sonne comme un véritable exercice cinématographique et aurait suffit pour montrer ce que le film essaye de nous transmettre pendant les 90 minutes qui suivent.

On peut dire clairement que ce début aurait suffit, mais il sert pour planter le décor, pour construire un propos et décupler l’émotion avec finesse. Que ce soit avec des sabots dans Remember me ou avec finesse pour le privilège des Oscars, cela sonne faux. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été dans cette situation ambivalente de film très réussi, mais pour lequel je ne ressens rien, pensant être passé à côté.

Les deux derniers exemples restent 3 Billboards, les panneaux de la vengeance (Martin McDonagh, 2017) et Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, 2019). Le premier, comme le deuxième, me sortent encore par les yeux, car ils essayent, comme le film de Mundruczó, de créer une ambiance longue, lente et lancinante, presque fataliste servant l’émotion. Les métrages, pourtant, me semblent si vains, sans intérêt avec ce symbolisme et ces non-dits à outrance. À quoi bon introduire le film pour le casser dans sa suite et le faire presque avec sadisme. Ce n’est sans doute pas mon type de films. Ça l’est vraisemblablement pour les Oscars 2021. J’ai toujours détesté ces films, car ils me placent dans une position de spectateur et de critique très particulière et dérangeante. Mélange d’admiration quant à la mise en scène, mais par le manque d’intérêt de celle-ci.

Du symbolisme à outrance vampirisant l’aspect réaliste et émotionnel

Pour aborder la deuxième partie du film, je vais m’attarder sur les deux idées principales du film qui sont typiques des films de festivals, mais qui, pour moi, là encore, m’énervent au plus haut point. Avec un début en trombe comme celui-ci, la suite ne pouvait qu’être excellente malgré ce côté mélo. J’avais prévu les mouchoirs. Pourtant, je fus étonné de la platitude du reste instaurée par un climat contradictoire durant 90 minutes. Déjà, le cinéaste hongrois continue, pour mon plus grand plaisir, une mise en scène absolument fantastique avec toujours ces plans-séquences et cet aspect documentaire, ou du moins réaliste.

Avec cette volonté si peu naturelle d’être nommé aux Oscars ou dans n’importe quel festival international, il succombe à un symbolisme et à du vouloir dire à outrance. Symbolisme que l’on ressent avec le pont en reconstruction pour faire le parallèle avec la vie de cette femme ou la pomme, symbole de renaissance, de vie et de vitalité. Ça en devient trop, si peu naturel, too much, indigeste et déconcertant. Vouloir rendre une œuvre quelque peu littéraire ou philosophique avec des petits clins d’œil, une sorte d’analyse sous-jacente que chaque spectateur peut reprendre nous laisse dans quelque chose de si cucul la praline.

Il faut, surtout, dire que cela contraste entièrement et indubitablement avec ce réalisme et l’aspect donné à cette thématique importante du deuil. Tout semble contradictoire. Là où, par exemple, le symbolisme de la pêche de Call me by your name (Luca Guadagnino, 2017) ou de la toupie pour Inception (Christopher Nolan, 2010) paraissait légitime dans un univers réaliste, mais pas documentarisé, ou fictionnel pour le deuxième. Le pire reste que ces non-dits et ce vouloir dire pouvait clairement être dit à l’écran si cela avait un intérêt.

Un chapitrage destructeur en contradiction avec la mise en scène

Le deuxième véritable problème se retrouve dans cette idée absolument nullissime et qui casse de nouveau cette idée de mise en scène qui capte le réel et qui laisse le temps, le chapitrage. En effet, le film de Mundruczó propose, après son noyau introductif, cinq séquences d’une dizaine de minutes et ensuite deux clôturant tranquillement le film. Vous voyez le souci ? Il est clair que dans un mélodrame à l’incipit aussi incroyable et annonciateur d’une masterpiece dans la filmographie du réalisateur, la mauvaise idée est et reste cette contradiction entre mise en scène et montage.

Concrètement, toute l’émotion, l’attachement aux personnages et tout le reste nous semble sans aucun intérêt, si vain et sans développement, car il propose des plans-séquences tout en appliquant dans ce montage de foutues ellipses. Capter le réel, c’est capter la réalité, les émotions, le développement et la caractérisation des personnages. Le plan-séquence, c’est laisser le temps de voir où tout ça amène, avec à l’intérieur un développement, des avancées… Le personnage de Vanessa Kirby fait face à cette renaissance effervescente, mais cela est fortement désagréable tout comme pour Sean, interprété par LaBeouf, quand toutes les dix minutes, on coupe le développement. Il est clair que les acteurs sont absolument incroyables, mais ils n’ont pas assez de place pour leur développement.

Toutes les dix minutes, on leur coupe leurs prestations et on rend presque inutile chaque partie précédente avec un aspect relationnel trop peu développé. On change vachement de date ce qui rend le film vain, on ne sait pas où ça veut aller, avec aucune vraie évolution et ce symbolisme qui rend une grande partie des changements extrêmement caricaturaux, vains, illogiques, faciles ou à peine réalistes et croyables. Toutes ces ellipses sonnent comme des checkpoints, comme si on voulait juste savoir que monsieur en est arrivé là et que madame en est arrivée là, et suivant, séquence suivante. Cette dissonance est intéressante, mais ne me touche pas du tout. Contre-productivité affolante.

L’attachement pour ces personnages est absolument détruit et, personnellement, je me moquais clairement de leur devenir au bout d’un moment du film tellement leurs décisions étaient teintées de lâcheté, de manque de courage ou simplement d’illogisme et d’incompréhension par les aspects précédemment évoqués (notamment les ellipses). Le montage casse clairement ce duo et notre espoir pour l’avenir que ce soit ensemble ou seul. L’idée aurait été peut-être de se focaliser sur une date ou une période concentrée, de ne garder que le début en court-métrage ou que ce début soit la fin, ou du moins au milieu. Cela aurait clairement permis de capter l’attention jusqu’à la fin – malgré ce symbolisme à outrance – tout comme l’émotion. Ainsi, notre attachement aux protagonistes aurait été maintenu.

L’émotion décuplée au début du film, absolument incroyable, était également un formidable outil pour la suite, malheureusement gâché. Somme toute, on peut dire que le film ravira les foules notamment dans les festivals. S’il faut admettre que le casting est absolument incroyable avec ce duo complété par Ellen Burstyn, leurs prestations sont particulièrement vaines et servent un métrage contradictoire. On peut même dire paradoxal avec cet aspect réaliste, voire documentaire qui fait face à du symbolisme si voyant et indigeste pour aller chercher à la petite cuillère les petites statuettes hollywoodiennes alliées aux compositions musicales surfaites. On n’oublie pas ce chapitrage destructeur de l’attachement et tout simplement de l’émotion. Cette dernière était pourtant si bien amenée : 2/5.

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