Ce jour-là, le 16 décembre 1773

Lithographie représentant la Boston Tea Party, par Currier & Ives/Britannica

Le 16 décembre 1773, à Boston, 342 caisses contenant du thé sont jetées à l’eau : c’est ce qu’on appelle la Boston Tea-Party. Cet acte qui peut paraître bénin ou même enfantin n’est rien de cela, puisqu’il est le résultat de multiples contestations entre les Treize Colonies anglaises d’Amérique, et le gouvernement de Londres. Cette étrange Tea-Party va même être la goutte qui va faire déborder le vase pour le déclenchement de la guerre d’indépendance 2 ans après. Installez-vous, faites-vous un thé, on y va.

Illustration représentant la Boston Tea-Party/Britannica

La Boston Tea-Party : fruit de contestations

Pour comprendre pourquoi on en est arrivé là, il faut remonter aux origines de l’histoire du pays. Comme vous le savez, les premiers colons d’Amérique sont des anglais aussi appelés les Pères Pèlerins, partis en 1620 de Plymouth pour fonder une colonie au Massachussetts. Ils établissent treize colonies qui vont très vite devenir prolifiques.

Carte permettant d’identifier les treize colonies anglaises du XVIIIème siècle/Herodote

Les années passent sans accros. Mais vers la fin du XVIIIème siècle, certains colons britanniques commencent à se plaindre de devoir payer des taxes, sans même être consultés ni représentés par le Parlement de Westminster. Mais pourquoi autant de taxes ? Tout simplement parce que la Grande Bretagne sortait tout juste d’une guerre contre la France (la guerre de Sept ans) qui a eu de lourdes conséquences économiques, doublant presque de deux fois la dette britannique. Alors il fallait sortir de l’impasse financière.

« No taxation without representation »

« Pas de taxes sans représentation »

Ce slogan était celui scandé par ces colons britanniques. Mais à quelles taxes en particuliers font-ils référence ? En 1764 est passé le Sugar Act (en français : « loi sur le sucre ») qui est une modification du Sugar and Molasses Act voté en 1733. La loi sur le sucre comprend comme vous l’avez sans doute deviné, des taxes sur… le sucre (mais aussi sur d’autres produits).

Ensuite vient le Stamp Act en 1765, qui impose un timbre fiscal sur des documents imprimés comme des permis, testaments, journaux, livres… Enfin, en 1767 et 1768, sont appliqués les Townshend Acts qui avaient pour but de gagner 40,000 livres par an pour financer l’administration coloniale. Cette fois c’est trop, les colons britanniques en ont marre.

Spirit of 76 (L’esprit de 76), peint par Archibald Willard à la fin du XIXème siècle, représente bien l’esprit patriotique régnant pendant la guerre d’indépendance américaine / Wikimedia Commons

Les tensions montent à Boston

Patrick Henry, un député de Virginie plus tard considéré comme un des Pères Fondateurs, appelle à la rébellion, plus précisément à la désobéissance civile. Les percepteurs sont enduits de goudron et de plumes, ou bien suspendus à des mâts. En parallèle, une organisation secrète nommée les Sons of Liberty est fondée par Isaac Sears et John Lamb. Des « mâts de la Liberté » (en anglais, Liberty pole) sont érigés, qui rappellent évidemment les arbres de la Liberté plantés un peu partout en France pendant la Révolution française. De Londres, le Parlement voyant la forte contestation venant des colonies décide de supprimer le Stamp Act, mais ça ne suffit pas à rétablir le calme. Comme un coup de poignard dans le dos, le Parlement va faire passer en 1768 une loi sur l’importation (en anglais, Importation Act), sur différents produits jugés utiles aux colons.

S’en suit un large boycott sur les marchandises anglaises, qui pousse le Parlement britannique à supprimer tous les droits d’importations, sauf sur le thé. Il faut savoir qu’en arrivant en Amérique, les colons britanniques ont emmené avec eux la « tradition » du thé, qui perdurera dans les colonies. Pour vous donner une idée, les Américains en buvaient près de 454 000 kg par an.

Mais pour les troupes britanniques aussi c’en est trop. Alors le 5 mars 1770, sous la pression constante des colons, 7 soldats sous les ordres du capitaine Thomas Preston tirent sur la foule, faisant 7 morts. Cet événement va être vite repris par les principaux Patriots tels que Samuel Adams ou Paul Revere, pour accélérer l’indépendance des Etats-Unis.

Gravure en couleurs de Paul Revere représentant le Bloody Massacre du 5 mars 1770 à Boston. Sur la droite, au-dessus des troupes britanniques, on peut remarquer l’enseigne « Butcher’s Hall » : montrant alors clairement le point de vue de l’artiste…/Boston Athenæum

Passage à l’acte

Le 16 décembre, des navires de la East India Company chargés de thé (en français, la Compagnie britannique des Indes orientales) arrivent au port de Boston. 5 000 Bostoniens (habitants de Boston) sont rassemblés dans le temple du Vieux Sud dans l’attente de savoir si les nouvelles cargaisons de thé seront déchargées pour être vendues. Le capitaine de l’un de ces navires répond qu’il ne peut pas repartir en ayant sa cargaison à bord. Alors, les Bostoniens furieux scandent :

« Boston Harbor a teapot tonight!« 

« Le port de Boston est une théière ce soir ! »

50 hommes habillés en Indiens d’Amérique se rendent sur le quai de Griffin, parviennent à se rendre sur les trois navires et jettent par-dessus bord les 342 caisses de thé, ce qui représente quand même 45 tonnes.

Répressions

La réaction de Londres est immédiate. Mais au lieu d’essayer de faire preuve de clémence, le roi Georges III prend des mesures dures. Par exemple, il fait fermer le port de Boston jusqu’à que les colons aient remboursé les indemnités de la East India Company, liées à la Tea-Party : chose qui ne sera évidemment jamais faite. Cette mesure fait partie des fameuses « lois coercitives » ou « lois punitives » de 1774.

Alors, les représentants de neufs des colonies se sont rassemblés à ce que l’on appelle le Congrès Continental, pour décider de la meilleure des réponses vis-à-vis des répressions britanniques. Parmi ces solutions, on trouve la destruction continue du thé, et un boycott lui-aussi continu. A la fin de ce Congrès, les députés en sortent encore plus unis et déterminés dans la protection de leurs droits et libertés. Aussi, des Patriots (aussi appelés Insurgents) présents à ce Congrès en ont profité pour fonder une armée.

Ces choix ne plaisent pas au roi Georges III qui va déclarer les colonies en état de rébellion. Le 19 avril 1775, les batailles de Lexington et Concord sont les événements fondateurs de la guerre d’indépendance américaine. A l’origine, des conflits entre Insurgents et troupes britanniques. Un an plus tard, le 4 juillet 1776, la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis est signée.

La Déclaration d’Indépendance, par John Trumbull (1819) / Wikimedia Commons

Pour aller plus loin : Sons of Liberty, série TV de 2015

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