Ce jour-là, le 10 février 1763

Le 10 février 1763 marque la fin de la première forme de « guerre mondiale », avec le traité de Paris. Terminée vingt-six ans avant la Révolution française, la guerre de Sept Ans, est l’un des conflits majeurs (si ce n’est pas LE conflit majeur), du XVIIIème siècle. Cette guerre a littéralement embrasé le continent américain dès 1754, avant d’atteindre l’Europe en 1756. Retour sur ce conflit hors norme.

Portrait of King Louis XV - Maurice Quentin de La Tour ...
Portrait de Louis XV, roi de France pendant la guerre de Sept Ans, par Maurice Quentin de la Tour, 1748/Wikiart

Les prémices de la guerre

Illustration.
Portrait de Georges Washington, premier Président des Etats-Unis/Wikimedia Commons

La guerre de Sept Ans commence non-officiellement, en 1754. Nous sommes en Amérique du Nord, en Nouvelle-France plus précisément. Cette région du Canada explorée par Jacques Cartier en 1534 puis rattachée au royaume de France sous François Ier, suscite de nombreux intérêts. Les colons français présents là-bas envisagent de coloniser toute la vallée de l’Ohio, dénommée « Belle-Rivière », non sans déplaire aux colons britanniques. Les Français conscients de leur infériorité numérique font des Indiens leurs alliés, et ensemble établissent une fortification : Fort-Duquesne. Les colons britanniques font de même, en établissant un autre fort : Fort Necessity. Désormais ancrés dans leurs forteresses respectives, les Français envoient le sieur de Jumonville dans le but « de prier l’officier virginien, Georges Washington, de quitter les terres du roi de France » [sic].

Les Anglais ne veulent rien entendre et finissent par ouvrir le feu. Jomanville est tué. En France, l’affaire fait scandale.

Guerre de la Succession d’Autriche

Sur le continent Européen, la guerre de Sept Ans est facilitée par l’amertume de la guerre de la Succession d’Autriche, à laquelle le royaume de France a pris part. L’opinion française critique le pouvoir de n’avoir pas pu exploiter le succès de ses armées. Après cette guerre, l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche veut récupérer la Silésie qu’elle avait dû léguer au roi de Prusse, Frédéric II.

Il faut aussi ajouter que les relations entre Anglais et Français sont tendues, notamment dans le domaine du commerce. L’Angleterre ordonne la saisie de 300 navires de commerces français dans différents ports afin de montrer sa supériorité dans les batailles navales, à défaut de la montrer dans les batailles terrestres.

Tout cela est compliqué à saisir, et il y a beaucoup d’autres raisons qui ont déclenché cette guerre (révolutions diplomatiques, etc.). Simplement, il faut retenir deux choses essentielles qui ont nourri l’entrée en guerre : la volonté de l’Autriche de récupérer la Silésie, et la volonté de la Grande-Bretagne de récupérer la colonie française présente en Amérique du Nord.

L’Europe à l’issue du traité d’Aix-la-Chapelle en 1748, mettant fin à la guerre de la Succession de l’Autriche.

Le monde à feu et à sang

Frédéric II de Prusse, peint par Antoine Pesne/Wikimedia Commons

Comme dit précédemment, la guerre a déjà débuté en 1754 avec Jumonville et Georges Washington, en Amérique du Nord. En Europe, on assiste à un véritable jeu des alliances. La France, traditionnel ennemi de l’Autriche hésitait à se rapprocher de cette dernière dans le risque de briser son alliance avec la Prusse, (vous suivez ?). De plus, le dudit roi de Prusse souhaitait se rapprocher de l’Angleterre alors qu’il était allié de Louis XV. Et comme vous le savez, l’Angleterre et la France sont d’éternels ennemis. Rassurez-vous, le plus dur est passé.

En janvier 1756, la Prusse signe avec l’Angleterre un traité leur garantissant leur alliance. De son côté, Louis XV a secrètement signé un pacte d’alliance avec l’Autriche. En mai, la France et l’Empire Germanique signé le « traité de Jouy-en-Jas ». En conséquence, l’Angleterre déclare la guerre à la France. Frédéric II, quant à lui, envahit la Saxe sans déclaration de guerre, en août 1756. C’est le début « officiel » de la guerre de Sept Ans.

« Il faut déclarer la guerre à la France »

Mots prononcés par le Premier Ministre britannique de l’époque, William Pitt.

Guerre de Sept Ans : avant-garde d’une guerre mondiale

Gravure montrant la mort de Montcalm devant Québec, en 1759/Library of Congress

En effet, la guerre de Sept Ans a aussi cette dénomination puisqu’elle s’est déroulée sur des continents différents, et en même temps, mais également parce que beaucoup de pays y ont pris part. Une chose qu’il faut relever, c’est également la première fois que des colonies prenaient part à une guerre.

Le maréchal français, Charles de Rohan-Soubise est vaincu par Frédéric II lors de la bataille de Rossbach (1757). Celui qui gagnera le surnom de Fréderic le Grand rafle tout sur son passage : les Autrichiens à Leuthen, les Russes à Zorndorf… Mais les victoires sont de courtes durées, à cause de la montée en puissance de la Russie. Heureusement pour la Prusse, la Russie se retire du conflit en 1762.

Du côté français on enchaîne succès sur succès en Europe (par exemple, la bataille de Hastenbeck), et en Amérique du Nord (avec notamment la bataille de Sainte Foy qui mènera cependant à la retraite française vers Montréal), mais les choses se compliquent en 1759 lorsque la France perd sa colonie de la Nouvelle-France et ce malgré l’héroïsme de Montcalm.

Le traité de Paris : processus de paix

Dès lors, va s’engager un processus de paix naturel notamment à cause de la lassitude des pays belligérants : il faut dire que la guerre a débuté sept ans auparavant, et neuf ans pour les Français. S’en suivent capitulations et successions, notamment celle du nouveau Premier Ministre britannique, Lord Bute qui va véritablement entamer ce processus. Le premier est le traité de Saint-Pétersbourg signé en 1762 mettant fin aux hostilités entre la Prusse et la Russie, suivi du traité de Hambourg et enfin, du traité de Paris qui réconcilie la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne. Le traité de Hubertsbourg signé cinq jours après, mettra un terme à la guerre entre les autres pays.

Militairement et économiquement parlant, la France sort très affaiblie de ces neuf ans de guerre. En ce qui concerne les modalités du traité, la liste est longue :

  • La France doit concéder à l’Angleterre, le territoire de la Nouvelle-France. Cette perte officialisée, que Voltaire résume de « quelques arpents de neige ».
  • Elle doit concéder à l’Espagne une grosse partie de la Louisiane, le reste revient à l’Angleterre.
  • La France n’obtient que les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon, la Martinique, la Guadeloupe…

En 1773, soit dix ans après la signature du traité de Paris, les esprits s’échauffent en Amérique notamment avec la Boston Tea-Party. Dès 1775, la France apporte son soutien à l’Amérique pour sa guerre d’Indépendance avec le fameux Lafayette. Enfin, en 1789, c’est au tour de la France de sombrer dans l’une des époques les plus sombres de son Histoire : la Révolution Française.

Estampe allégorique représentant le traité de Paris en 1763/BNF

Sources :

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