Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait : apologie factice du mensonge…

Niels Schneider et Camélia Jordana dans "Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait" - affiche officielle

On peut aisément dire que cette sélection cannoise est pour l’instant en demi-teinte, malgré l’incroyable Drunk (Thomas Vinterberg) et Été 85 (François Ozon) et le colossal Soul (Pete Docter et Kemp Powers). Le film d’Emmanuel Mouret, réalisateur que je ne connaissais que de nom, ne m’intéressait que très peu de prime abord par son casting peu réjouissant et ces thématiques redondantes.

Pourtant, le festival de Cannes reste un très bon élément de découverte de cinéastes, de thématiques, d’un cinéma différent et ne m’a jamais déçu par les propositions faites depuis quelques années. 10e long-métrage du réalisateur après Mademoiselle de Joncquières (2016) réunissant Cécile de France et Édouard Baer, il raconte l’histoire de Maxime (Niels Schneider) qui rejoint François (Vincent Macaigne) à la campagne. Mais ce dernier a dû s’absenter et se retrouve seul avec sa compagne, Daphné (Camélia Jordana). Pendant ces quelques journées, ils vont apprendre à faire connaissance en se racontant leurs mésaventures labyrinthiques amoureuses.

Première partie passionnée, la deuxième prétentieuse et invraisemblable

Cette critique sera plus rapide que les autres, car il faut avouer que la mise en scène n’a rien d’exceptionnelle et de particulièrement marquante. Le film se base presque uniquement sur son scénario tentaculaire axé sur ses relations amoureuses faites d’imbroglios et, a fortiori, des prestations des acteurs. Contrairement au Manhattan (1979) de Woody Allen jouant la case du film total de son scénario sentimental, en passant par ces prestations, la mise en scène et la couleur sublimant la ville, ce film est sobre et veut absolument et simplement raconter ces petites histoires d’amour que tout le monde a vécu ou peut vivre. Il y a une sorte de respect du spectateur qui se dégage du film à son début. Le métrage ne se veut pas prétentieux sans vouloir renouveler avec peu de tact le genre sentimental.

Alors, distinguons ensemble la première et la deuxième heure – interminable par ailleurs – du film. Il faut dire que par le montage alterné les histoires de Maxime et Daphné alternativement nous tiennent en haleine pour connaître les péripéties suivantes. Sobre alternance qui permet de tenir en longueur. Néanmoins, on constate assez rapidement qu’il s’agit plus d’un outil qu’une chose vraisemblable. Concrètement, la passerelle et l’alternance entre les histoires sont bien trop artificielles et montre que le réalisateur n’aura pas pu intéresser, en tout cas de cette manière, sur la longueur un récit, puis l’autre. Tout semble donc assez factice, ajouté à cela les prestations bien trop théâtrales des acteurs qui essayent de donner du sentimentalisme à foison rendant les choses trop forcées et fausses. Il faut tout de même noter que ces soixante minutes font la part belle à l’amour, point positif !

A contrario, le film me sort par les yeux lors de sa deuxième moitié par le simple fait de son apologie du mensonge et de son illogisme. En fait, le film se veut complexe avec cet enchevêtrement de relations, de mensonges, etc. Sauf qu’il en devient invraisemblable et insensé et tout ce qui est raconté de la mise en scène pour le peu qu’il y en ait une de travailler aux prestations des acteurs trop théâtrales, semble si factice. Personne ne peut croire une seule minute à ce qu’il voit tellement tout semble tiré par les cheveux, et même si cela peut arriver, les prestations déréalisent ce qu’on essaye d’imaginer un tant soit peu. Les personnages ont simplement des réactions illogiques et bizarres à cause, en partie, de leur construction faite à la louche.

La prétention arrive en trombe en voulant faussement faire un métrage sur la philosophie de l’amour en illustrant les propos du philosophe René Girard sur le mimétisme des relations amoureuses. Cela est tout à fait intéressant, mais n’est que plombant quand les théories de ce brillant professionnel ne sont pas connues des spectateurs, dont moi, en amont du visionnage du film. C’est tout bonnement un film déconnecté de la réalité qui veut en fait trop pour révolutionner le film romantique. La cerise sur le gâteau de la prétention cinématographique reste l’utilisation de la composition Adagio for Strings (Samuel Barber) issue du film Elephant Man (David Lynch, 1980). Disons-le, ça a le don de me faire rire nerveusement. Non, Emmanuel Mouret n’est pas David Lynch : 1,5/5.

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