Guerre de Vendée : peut-on parler de « génocide vendéen » ?

Bataille du Mans en 1793.

Au lendemain de la Révolution Française, l’ambiance n’est pas au calme au sein du pays. Entre rebellions intérieures et menaces des forces européennes voisines, l’avenir de la France semble fortement agité. La Guerre de Vendée est sans doute un des évènements les plus importants de la Révolution Française, car elle menaçait de compromettre la survie de cette dernière. Mais l’épisode de la Guerre de Vendée n’enterre pas la Révolution Française. La façon dont la question de la Guerre de Vendée a été réglée suscite de nombreuses interrogations dans le monde de l’historiographie et même dans le monde politique, peut-on parler d’un « génocide vendéen » ?

La Vendée est depuis toujours, une terre royaliste. Elle ne se mêle pas aux agitations révolutionnaires de Paris mais ne s’y oppose pas, au contraire. Les vendéens ne sont pas contre cet élan révolutionnaire. Le 12 juillet 1790, l’Assemblée Nationale Constituante vote la Constitution Civile du Clergé, qui réorganise l’Eglise de France. Ce texte, rallié et adopté par une majorité des prêtres en France, est rejeté par près de deux tiers des prêtres vendéens, appelés les Réfractaires.

Les causes du soulèvement vendéen

La colère commence donc à monter en Vendée, mais aussi ailleurs dans le pays notamment dans l’est et le sud ouest. De plus, trois ans plus tard, le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI est guillotiné à Paris, ce qui accentue une nouvelle fois le mécontentement des vendéens. Mais l’évènement que l’on retient comme étant la cause du soulèvement vendéen, est la grande levée en masse décidée par l’ assemblée de la Convention, le 10 mars 1793.

Depuis quelques années, les puissances européennes s’inquiètent de cet élan révolutionnaire. Celles-ci sont réunies sous la Première Coalition et menacent les frontières de la France. La République décide donc, la levée immédiate et autoritaire de 300 000 hommes pour faire face à la menace des puissances européennes. En 1792, un an plus tôt, une première levée avait été réalisée à travers la France, et la Vendée n’avait pas fourni énormément d’hommes par rapport aux autres régions.

Lors de la levée de 1793, la Vendée est contrainte de fournir un nombre conséquent d’hommes, ce qui ne plaît pas du tout. Des émeutes éclatent partout en France les jours suivants, mais surtout en Vendée, où la garde républicaine ouvre le feu sur la population.

Les faits

Les vendéens appelés désormais les « insurgés » ou les « brigands », persécutent, chassent les bourgeois révolutionnaires et s’emparent de leurs biens. Les vendéens s’organisent en armée, l’Armée Catholique et Royale est née. Cette armée est composée de paysans vendéens, d’anciens soldats, des artisans, armés parfois de fusil, souvent d’outils agricoles comme des faux.

Mais l’Armée Catholique et Royale, même si elle reste à peu près bien structurée, manque cruellement d’expérience militaire. Ses chefs, que sont pour les plus connus Jacques Cathelineau et Jean Nicolas Stofflet, tentent de masquer ce manque d’expérience lors des premières petites batailles. Rapidement, de nouveaux chefs plus expérimentés rejoignent les rangs des insurgés. Parmi eux, on peut citer Charles de Bonchamps, Louis de Salgues de Lescure, le comte de la Roche Jacquelin et surtout François Athanase Charrette de la Contrie, qui s’impose comme le principal leader des insurgés. Au total, ce sont environs 40 000 hommes qui constituent l’Armée Catholique et Royale à ses débuts. Elle en comptera à son maximum 80 000.

Le « Cœur Vendéen », représenté sur les drapeaux et vêtements des insurgés vendéens.

Face à cette armée sans expérience ou presque, la République aligne entre 40 000 et 70 000 soldats qui ont à la fois l’équipement et l’armement adéquat, mais aussi l’expérience. Mais en réalité, au début de la Guerre de Vendée, les insurgés vont se montrer redoutable et remportent de nombreuses victoires sur les « Bleus », et parviennent à prendre des villes comme Angers le 18 juin 1793. La Guerre de Vendée ne se sont pas déroulées exclusivement au sein du département que nous connaissons aujourd’hui. On emploie ainsi le terme de « Vendée Militaire » pour désigner les territoires sous domination des insurgés.

La « Vendée Militaire » en 1793. Le territoire s’étend sur quatre départements actuels que sont la Vendée, la Loire Atlantique, le Maine et Loire, et les Deux-Sèvres

Les vendéens remportent plusieurs victoires jusqu’à la bataille de Cholet en octobre 1793, où ils seront sévèrement battus par les Bleus. L’Assemblée de la Convention décide peu avant cette bataille de renforcer son armée et d’envoyer 100 000 hommes supplémentaires en Vendée qui compte au total désormais environ 140 000 à 170 000 soldats. C’est tout simplement environ 100 000 soldats supplémentaires que les insurgés. Il faut dire que du côté de Paris, l’ambiance est plutôt à l’inquiétude et à la peur face à l’insurrection des vendéens. C’est pour cette raison que, le 1er août 1793, l’Assemblée de la Convention érige un décret dit « d’anéantissement de la Vendée qui prévoit l’exécution des hommes pris les armes à la main et la déportation des femmes, enfants, et vieillards ».

Le 1er octobre 1793, un nouveau décret de l’Assemblée de la Convention dit « d’extermination » ordonne « l’extermination des brigands de l’intérieurs ». Sans rentrer dans les détails du reste de la guerre, après la défaite de Cholet, les vendéens subissent défaites sur défaites et se replient vers le sud et l’ouest. La traversée des vendéens de la Loire vers la Vendée se fait dans la précipitation, pourchassés, massacrés par les troupes républicaines. La peur change peu à peu de camp, mais pour des raisons différentes.

Décret proclamé par l’ Assemblée de la Convention à Paris, qui stipule qu’il faut « exterminer les brigands de la Vendée », le 1 octobre 1793

Les vendéens ne craignent pas la défaite, mais plutôt les pillages, exécutions, incendies, massacres perpétués par les troupes républicaines. A Nantes, les insurgés, avérés ou simples suspects sont noyés dans la Loire. Egalement, les « colonnes infernales » du général Turreau se rendent coupables de nombreux massacres de populations civiles vendéennes. Dans le village des Luc sur Boulogne, les colonnes infernales font 563 victimes. Alors que les combats s’estompent, la répression bleue redouble d’intensité en 1794. A Nantes, 15 000 insurgés sont noyés, guillotinés ou fusillés. En Vendée, 20 000 à 50 000 personnes sont tuées par les colonnes infernales, qui détruisent également de nombreux villages.

Crimes ou génocide ?

Il est indéniable et nul ne pourra le nier, que la Vendée et les vendéens ont été victimes d’ignobles massacres. Les pratiques employées par les soldats républicains visent à massacrer les insurgés et la population vendéenne étaient horribles. De plus, aux fusillades, exécutions, noyades, pillages, et incendies, viennent s’ajouter des témoignages effroyables. Notamment, en 1794, un agent national de la commune des Ponts-de-Cé affirme avoir vu le Chirurgien Major Péquel, écorcher une trentaine de vendéens fusillés sur les bords de la Loire. Ce chirurgien était responsable d’une tannerie à Angers, et a donc réalisé du cuir à partir de peau humaine de vendéens. Mais malgré ces récits d’une atrocité sans nom, est-il possible de qualifier cet épisode de l’histoire comme un « génocide » ?

Le terme de « génocide » est inventé par Raphaël Lemkin en 1944, bien après l’épisode de la Guerre de Vendée. A l’époque de cette guerre, Gracchus Babeuf utilise le mot « populicide » pour désigner les massacres envers les vendéens. Un terme qui, au fil du temps, tombe dans l’oubli. La définition de « génocide » par l’ONU est la suivante : « Crime commis dans l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe racial, ethnique, national, ou religieux ». Lorsque l’on prend cette définition même, elle ne prend pas en compte les groupes politiques. Ainsi, les massacres envers les populations vendéennes ne peuvent pas être qualifier de génocide. Egalement, il n’y a aucun décret ni document émanent de l’Assemblée de la Convention qui ordonne la destruction totale de la population vendéenne, encore moins son extermination. Il y a seulement un ordre d’éradication des brigands de la Vendée.

Cet épisode reste cependant assez méconnu et est trop souvent passé sous silence lorsqu’on évoque la Révolution Française, notamment dans les manuels scolaires. L’épisode de la Guerre de Vendée reste une période sombre de notre histoire, et les vendéens ont été victimes de crimes de guerre, qui nourrissent encore des polémiques aujourd’hui. Si certains historiens et politiques souhaitent que l’Etat français reconnaisse le « génocide vendéen », ce terme ne conviendrait pas. Mais cela n’enlève rien à l’atrocité des actes dont ont été victimes les vendéens entre 1793 et 1796.

La question d’un possible « génocide vendéen » se pose depuis le XXème siècle, dans le monde de l’historiographie, et dans le monde politique également. Par exemple, le 16 janvier 2013, un projet de loi « relatif à la reconnaissance du génocide vendéen » est proposé par sept députés. Une proposition de loi qui n’a pas été adoptée par l’Assemblée Nationale. Deux autres projets de lois ont été déposés en 2008 et en 2018, sans succès.

2 commentaires

  1. Merci pour l’intéressant article
    Je suis en désaccord avec l’argument avancé à la fin, même si je ne tiens pas spécialement au mot génocide : il y a eu dans les massacres que vous évoquez plus haut un acharnement sur les civils (femme, enfants, religieuses noyées dans la Loire etc.) qui montre que tout habitant de la vendée était considéré comme ‘brigand’ … Pas sur que la notion de groupe politique ait beaucoup de sens dans des massacres comme Le Luc!!!

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